Lassaad Ben Ahmed
30 Septembre 2019•Mise à jour: 01 Octobre 2019
AA / Yaoundé / Peter Kum
Le Palais des congrès de Yaoundé accueille dès ce lundi, 400 personnes venues des dix régions du Cameroun et de l’étranger pour prendre part aux débats du "grand dialogue national" convoqué par le président Paul Biya le 10 septembre dernier.
En plus des invités, il y aura « des dirigeants d’Etat, le corps diplomatique, les corps constitués de nationaux et plus de 150 journalistes », selon le porte-parole du "grand dialogue", George Ewane.
Les débats, qui ont pour but de trouver les voies et des moyens d’en finir avec le conflit dans les deux régions anglophones du Cameroun, se tiennent sous la conduite du Premier ministre camerounais, Joseph Dion Ngute, du lundi 30 septembre au vendredi 4 octobre à Yaoundé.
Pour les travaux, le Premier ministre a constitué huit commissions : « bilinguisme, diversité culturelle et cohésion sociale »; « Système éducatif » ; « Système judiciaire »; «Décentralisation et développement local»; «Reconstruction et développement des régions touchées par la crise»; « Retour des réfugiés et des personnes déplacées »; « Désarmement, démobilisation et réinsertion des ex-combattants » ; et « Rôle de la diaspora dans la crise et contribution au développement du Pays ».
Les leaders des groupes armés du mouvement séparatiste anglophone et certains partis politiques ont décliné l’invitation du Gouvernement pour ce grand dialogue.
Le séparatiste Mark Bareta estime qu’il fallait au préalable accorder l’amnistie aux sécessionnistes avant les débats.
« Rien ne nous rassure qu’une fois au Cameroun, nous ne serons pas arrêtés et jetés en prison comme les autres leaders de notre mouvement. Nous avons exigé que les négociations se tiennent dans un pays autre que le Cameroun et que les prisonniers politiques soient libérés. J’ai l’impression que le gouvernement ne veut pas vraiment débattre avec nous », souligne l’activiste Mark Bareta exilé aux Etats-Unis.
Certaines formations politiques manquent à ce grand rendez-vous qui va écrire une nouvelle page de l’histoire du Cameroun.
« Nous avons demandé la libération de Maurice Kamto et tous les prisonniers politiques. Le MRC [Mouvement pour la renaissance du Cameroun] a aussi exigé la présence d’un médiateur. Si ces conditions ne sont pas remplies, nous n’allons pas prendre part au dialogue », a annoncé le porte-parole de l’opposant Kamto, Olivier Bisseck.
Le dialogue national a néanmoins reçu le soutien de l’ONU et la bénédiction du Vatican.
En marge de la 74ème Assemblée générale des Nations Unies, le ministre camerounais des Relations Extérieures, Mbella Mbella Lejeune avait été reçu en audience par Antonio Guterres, Secrétaire Général des Nations Unies.
Guterres « n'a pas manqué d'annoncer la disponibilité de l'ONU à accompagner le Cameroun dans la mise en œuvre des résolutions qui seront arrêtées au terme de ce processus de réconciliation camerouno-camerounais », selon le chef de la diplomatie camerounaise.
Au moment où le dialogue se tient, des combats entre l’armée et les sécessionnistes se poursuivent dans les deux régions anglophones.
« Au moins deux civils ont été tué par l’armée », lundi matin, à Kumbo dans le Nord-Ouest et « trois séparatistes neutralisés dimanche » à Muyuka dans le Sud-Ouest selon le Réseau des Droits de l’homme pour Afrique Centrale (Redhac).
La crise anglophone qui a débuté fin 2016, a déjà fait 3 000 morts, près d’un demi-million de déplaces, 40 000 réfugiés selon l’ONG International Crisis Group.
Au moment où les débats s’ouvrent à Yaoundé, une seule question taraude la conscience collective: le Cameroun réussira-t-il à régler la crise anglophone à l'issue du « grand dialogue national »?