Lassaad Ben Ahmed
28 Novembre 2017•Mise à jour: 29 Novembre 2017
AA/ Penja (Cameroun) /Aurore Bonny
Pour résoudre la difficulté du manque d'eau en périodes sèches à Penja, ville camerounaise située dans l'Ouest, un agriculteur vient d'inventer une méthode aussi efficace qu'inédite.
Il s'agit du recyclage des bouteilles en plastique qu'il collecte en vue de stocker suffisamment d'eau pour irriguer ses champs de poivre, de renommée mondiale, pendant la saison sèche.
Cette méthode consiste à rattacher des bouteilles d’eau sur les lianes de poivres. Les petits trous perforés sur les bouchons permettent une irrigation goutte-à-goutte. En effet, les bouteilles se vident progressivement permettant à l'eau de se diriger tout droit vers les racines.
A cet égard, l’équipe mobilisée par Jean Pierre Tagne, auteur de cette innovation, a ramassé 15 mille bouteilles en plastique depuis le début de l’année courante, dans le but de les utiliser pour assurer l’irrigation de 3 hectares de champs, chacun contenant 2000 lianes de poivre.
Le besoin en termes d’eau pour chaque liane est estimé à près de trois litres par semaine. Ainsi, l’agriculteur camerounais prépare ses plantes à la saison sèche en rattachant hebdomadairement 2 bouteilles d’eau pour un total de 3 litres par plante.
«Etabli dans une zone peu favorable à l’irrigation naturelle des champs en saison sèche, cette méthode d’arrosage vient remédier au manque des cours d’eau et au déficit de moyens financiers pour déployer des infrastructures champêtres. », a expliqué Tagne à Anadolu.
"Nous avons observé avec dégoût la dégradation de certains champs de poivre peu préparés aux saisons sèches. Ainsi, nous avons trouvé en cette méthode, le moyen d’éviter de tels scénarii", a-t-il ajouté.
Cependant, le recyclage des bouteilles en plastique relève d’un véritable parcours de combattant pour cet agriculteur et son équipe. Trouver des bouteilles et les stocker en grande quantité, n’a pas été de tout facile au départ.
«En recherchant, désespérément, nous avons réalisé que les pluies traînaient les bouteilles vers les zones basses de certains cours d’eau de la ville de Douala. Dès lors, nous déployons des jeunes dans ces étangs pour le triage et le ramassage. A l’aide de camions, elles sont ensuite transportées vers notre plantation», a-t-il expliqué.
Il s’agit, selon lui, d’un déploiement moins coûteux et plus écologique comparé aux méthodes d’irrigation traditionnelles, affirmant que la durée d’usage de ces bouteilles est fixée à 3 ans.
Cependant Jean-Marie a précisé que ce système d’irrigation n’est pas adapté à toutes les cultures. Certaines d'entre-elles nécessitent plus d'eau à l’instar des bananiers.
- Entreprise villageoise mais ambitieuse
Pour mener à bien sa toute première semence, le jeune entrepreneur camerounais emploi moins de 6 personnes à temps plein et quelques cultivateurs à temps partiels. Il vise une production future d’une tonne de poivre par hectare de plantation.
Pour l’instant, les plus grands besoins de ses champs se résument en l’irrigation et le gros matériel, notamment les citernes d’eaux et les tracteurs.
«Les tracteurs transporteront de l’eau en provenance des citernes pour remplir de grands bidons qui alimenteront les bouteilles en plastique servant d’arrosoirs», a-t-il expliqué.
Au Cameroun la culture du poivre blanc de Penja est une fierté nationale. Ce condiment cultivé sur des sols volcaniques est le tout premier produit d’Afrique subsaharienne ayant reçu une indication géographique (IG). C’est aussi l’un des rares produits camerounais labélisés et qui représente le meilleur du monde dans sa catégorie.
Selon les chiffres disponibles, en 2015, la production annuelle du poivre de Penja était chiffrée à 300 tonnes. Environ 30 % de la production était destinée à l’exportation et le reste était dédié à la consommation locale.
Concernant la gestion des bouteilles en plastique au Cameroun, et depuis le 24 octobre 2014, un arrêté ministériel impose aux fabricants, importateurs et distributeurs de ces contenants, de proposer une politique de gestion de leurs déchets.
Cependant, aucun déploiement dans ce sens n’est observé de ces fabricants. Les villes et espaces marins du pays sont énormément pollués par les bouteilles en plastique. Le recyclage bénéfique, comme celui de Jean Marie, représente un des recours appréciés par les observateurs.