Esma Ben Said
22 Janvier 2016•Mise à jour: 22 Janvier 2016
AA/Bujumbura/Yvan Rukundo
De nouvelles violences ont fait un mort dans la nuit de jeudi à vendredi, à Bujumbura, quelques heures après l’arrivée d’une délégation du Conseil de sécurité de l'ONU, déployée pour convaincre le gouvernement d’accepter l’envoi d’une force de paix africaine, a appris Anadolu de sources concordantes.
Le président burundais, Pierre Nkurunziza, recevra cette délégation onusienne vendredi à 10h30 (8 h30 GMT) dans la province de Karusi (Centre), a indiqué à Anadolu Jean Claude Ndenzako, porte-parole adjoint de la présidence.
Lors de cette entrevue, les 15 ambassadeurs onusiens tenteront de convaincre Nkurunziza de relancer le dialogue inter-burundais au point mort depuis décembre dernier, et d’accepter le déploiement de 5 mille soldats africains au sol pour tenter de mettre fin aux violences qui secouent le pays depuis avril 2015.
Bujumbura a, jusqu’à présent, catégoriquement refusé la venue des soldats, estimant qu’ «il s’agirait d’une force d’invasion et d’occupation » et que le gouvernement «se réserverait dans ce cas le droit d’agir en conséquence ».
Les autorités burundaises avaient également refusé de participer au dialogue interburundais, démarré à Entebbe en Ouganda, et qui devait se poursuivre à Arusha en Tanzanie sous la médiation ougandaise, conditionnant leur présence à la table des négociations, à l’absence de celle de l’opposition radicale.
L’opposition radicale, a salué, pour sa part, la venue de cette délégation onusienne.
«Nous nous réjouissons déjà de la visite de cette mission et nous pensons qu’elle va faire comprendre à Pierre Nkurunziza l’urgence de retourner à la table des négociations pour éviter un embrasement du Burundi et même de toute la région », avertit Jérémie Minani, porte-parole du Conseil National pour le Respect de l'Accord d'Arusha et de l'Etat de Droit au Burundi (Cnared), joint par Anadolu.
Arrivée jeudi soir, la délégation - qui s’exprimera vendredi, lors d’une conférence de presse avant de repartir pour New York-, a été accueillie par plusieurs centaines de manifestants pro-gouvernementaux.
«Pierre Nkurunziza est source de paix, c’est notre président légitime. Il a été élu. Nous ne voulons pas de troupes étrangères. Au Burundi, il y a la paix et la sécurité» chantaient les manifestants.
«Nous souhaitons la bienvenue à nos hôtes, et nous attendons d’eux, qu’ils disent la vérité sur le Burundi à leur retour à New York. Qu’ils disent que notre pays n’est pas au bord du génocide», a martelé une manifestante rencontrée par Anadolu en réponse aux différentes inquiétudes formulées par la communauté internationale.
Quelques heures après cette arrivée, des tirs et des explosions ont été entendus dans la capitale burundaise, ont indiqué des habitants à Anadolu.
« Un homme a été tué par la police », selon les mêmes sources.
Des violences devenues monnaies courantes dans le petit pays d’Afrique des Grands Lacs depuis l’annonce, fin avril de la candidature du président Nkurunziza à un 3e mandat qui, selon l'opposition, la société civile et jusqu'à une partie de son propre camp, viole la Constitution et l'Accord d'Arusha ayant mis fin à la guerre civile (1993-2006).
Jusqu’à présent, plusieurs centaines de personnes ont été tuées et des dizaines de milliers ont fui vers les pays voisins, selon l’ONU.