Mohamed Hedi Abdellaoui
05 Décembre 2016•Mise à jour: 07 Décembre 2016
AA/ Bujumbura/ Yvan Rukundo
A Bugarama, dans le Centre du Burundi, le décor est digne des pinceaux les plus raffinés, dans un pays où sont commises toutes les atrocités. A première vue, ce coin du pays semble être paradisiaque avec ces milliers de fleurs qui apostrophent un quotidien noirci par des tueries à n'en plus finir et des tares humaines en tout genre.
A 30 km de la capitale Bujumbura, dans les champs de Bugarama, la beauté cache quelque part une si grande dureté. Et ces champs de fleurs qui s’étendent à perte de vue invitent à un voyage peu ordinaire au bout des couleurs et des odeurs, mais ne peuvent en aucun cas camoufler les grandes déchirures qui rongent un Burundi, depuis plus d’un an, plongé dans une grave crise politico-sécuritaire.
Ce très pauvre pays d’Afrique de l’Est, dont 90% de la population vit des activités agricoles, a sombré dans une grave crise politique et sécuritaire, depuis le 15 avril 2015, date de dépôt de la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat anticonstitutionnel.
La floriculture pratiquée dans cette région burundaise semble refléter un autre visage plus lumineux du pays. Le secteur ayant en effet métamorphosé la vie de milliers de familles, en particulier, dans les communes de Bukeye et de Muramvya.
Christophe Nahishakiye est floriculteur depuis plus de 30 ans. «J’ai commencé à cultiver des fleurs à l’âge de 10 ans. J’étais en 3ème année de l’école primaire. Et je me souviens que j’ai vendu un champ de fleurs à 40 dollars», raconte ce quinquagénaire qui commercialise ses fleurs sur Bujumbura.
Son père fut aussi floriculteur. Il affirme qu’à Bugarama, cette région rizière de la grande forêt Ikibira, un champ de fleurs équivaut à ce qu’est un champ de palmiers à Rumonge, ou encore à ce qu’est un champ de riz à Gihanga, dans l’Ouest du pays. «C’est une importante source de revenus pour les familles », dit-il.
«Même si les crises qu’a connues le pays ont affecté d’une façon ou d’une autre notre business, je ne me lamente pas. Maintenant j’ai ma propre maison à Bujumbura et j’arrive à éduquer mes enfants », se réjouit le fleuriste, préférant ne pas révéler de chiffres sur ses gains.
Dans cette région côtière de la Ikibira avec des températures oscillant entre 23 et 26° c, aux champs de Bugarama s’ajoutent ceux de Gahanga, de Kibogoye, de Busekera et de Teza, offrant des paysages pouvant satisfaire tous les goûts. Quelques espèces s’épanouissent dans les régions montagneuses pendant la saison des pluies, fait remarquer Frédéric Ndikumana, fondateur d’une association comptant plus de cent floriculteurs.
Selon ce quinquagénaire, la culture des fleurs a été initiée pour la première fois, dans cette région du pays, par un certain Paul Mirerekano, dans les années 60. «Cet agronome natif de notre région a initié plusieurs projets, dont l’horticulture et la floriculture. Grâce à lui, Bugarama est devenue célèbre dans la production des légumes et fleurs», témoigne-t-il.
« Pour cueillir les fleurs, nous nous réveillons très tôt le matin. Sinon, on le fait le soir. Là c’est pour éviter qu’elles fanent avant d’arriver sur le marché », explique Pierre Nzosaba, jeune fleuriste.
Certains fleuristes exposent au bord de la route nationale Bujumbura-Kayanza. Les transporteurs sont leurs premiers clients. «Je fais deux ou trois tours par jours. Je gagne au moins 60 dollars américains», affirme un transporteur.
Bugarama est très célèbre pour ses fleurs aussi bien au Burundi qu’à l’extérieur du pays, notamment en Europe. «Bugarama est très connue pour être la source des fleurs utilisées ici à Bujumbura. Cela date d’une époque lointaine. Dans les années 90, ses fleurs étaient même exportées en Europe. C’est depuis l’embargo de 1996 que j’ai abandonné l’exportation des fleurs», dit Kabura.
Ce fleuriste nostalgique d’un passé glorieux de la floriculture burundaise appelle le gouvernement à développer ce domaine qui peut significativement profiter à une économie nationale en berne, en aidant les floriculteurs à réintégrer les marchés internationaux.
Affirmant qu’il n’y a pas encore de statistiques relatives au secteur de la floriculture, l’économiste Faustin Ndikumana, interrogé par Anadolu, soutient que la floriculture pourrait, par ailleurs, faire de Bugrama une importante destination touristique.
Réagissant aux doléances des floriculteurs, Emérence Nirera, porte-parole du ministère de l’Agriculture et de l’Elevage, abordée par Anadolu, a invité les professionnels à solliciter les services du ministère pour un accompagnement ciblé.