Safwene Grira
20 Octobre 2015•Mise à jour: 21 Octobre 2015
AA/ Bujumbura/ Yvan Rukundo
Les obsèques d'un journaliste récemment tué avec sa famille, se sont transformées, mardi, en une manifestation contre le régime du Président Pierre Nkurunziza, à laquelle ont pris part des centaines de Burundais, a constaté le correspondant d'Anadolu.
L'émotion était palpable parmi la grande foule vêtue de noire et prenant part, à la Paroisse Catholique Saint Joseph du quartier Ngagara (Bujumbura), aux funérailles de Christophe Nkezabahizi, de sa femme, de ses deux enfants et de son neveu, tous tués le 13 octobre, dans ce même quartier de la capitale burundaise.
Des pleurs, des cris de douleurs, des évanouissements, ont ensuite émaillé le cortège des cinq cercueils, sur le chemin du cimetière de Mpanda, à une dizaine de kilomètres de Bujumbura.
"Non à l’exécution extrajudiciaire", "Non à la violence, non à l’injustice"; "le massacre des Burundais n’est pas une solution"; "Pierre Nkurunziza, arrête de massacrer ton peuple" pouvait-on lire sur les pancartes portées par des manifestants, estimés à plusieurs centaines, a constaté le correspondant d'Anadolu.
« Ceux qui ont commis ce crime ne sont pas des humains. Ils ont perdu tout esprit d’humanité », a déclaré Jean Berchmans Nsabiyumva, un proche de la famille endeuillée, demandant, dans le même temps, à la justice burundaise de faire tout pour que les auteurs de cet "assassinat" soient punis.
Un message relayé par les Nations Unies à cette occasion.
« Nous exhortons les autorités burundaises à entreprendre une enquête rapide et rigoureuse sur les circonstances et les motivations de ce crime odieux afin d’établir les responsabilités et assurer que les auteurs soient traduits en justice. Arrêtons l’impunité ! Arrêtons l’impunité ! », a insisté, devant une grande foule, Agostinho Zacarias, Coordinateur Résident du système de Nations Unies au Burundi et Représentant Résident du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) au Burundi.
Présent aux funérailles, ce diplomate a souhaité que la population soit mieux protégée, laquelle protection "passe par le dialogue" entre le pouvoir et l'opposition.
« Que la voie du dialogue ouvert à tous soit le comportement privilégié pour résoudre la crise actuelle que connaît le Burundi afin que le pays ne retombe pas dans les affres de la guerre mais retrouve plutôt sa stabilité et son développement », a-t-il recommandé, réaffirmant "l’engagement" des Nations Unies à rester aux côtés de la famille éprouvée et du peuple Burundais dans son chemin vers la sécurité, la paix et le développement durable.
La mort de deux policiers, le 13 octobre dernier au quartier Ngagara, a provoqué l'intervention musclée des forces de l'ordre. Huit personnes, dont la famille du journaliste Nkezabahizi, ont perdu la vie, atteint par "des balles perdues", selon la police.
Le Burundi a plongé dans la violence depuis l'annonce, fin avril 2015, de la candidature du président Nkurunziza à un 3ème mandat controversé. Plus de 200 personnes ont été tuées au Burundi depuis cette date, selon la principale association de défense des droits de l’Homme, APRODH.