Burundi : Le président Nkurunziza rejette le rapport de Mkapa
- Le président Nkurunziza demande aux chefs d’Etats de la CEA de résoudre, en premier, le conflit entre le Burundi et le Rwanda
Lassaad Ben Ahmed
06 Décembre 2018•Mise à jour: 06 Décembre 2018
BurundiAA / Bujumbura / Yvan Rukundo
Le président de la République Pierre Nkurunziza a rejeté le récent rapport de Benjamin Mkapa, ex-président tanzanien et facilitateur dans le dialogue inter-burundais d’Arusha, a-t-on appris d’une lettre, parvenue à Anadolu jeudi, adressée au président ougandais Yoweri Kaguta Museveni, médiateur.
Alors que le rapport Mkapa, vieux de deux semaines, décrit une situation politique toujours difficile au Burundi, le Chef de l’Etat burundais trouve que cette description erronée.
«L’association panafricaine des Ombudsmans et l’ONU le disent et le confirment dans leurs rapports, que le pays est stabilisé », justifie-t-il dans sa lettre en date du 5 décembre.
Il a expliqué que, mis à part les putschistes du 13 mai 2015 et leurs complices, des partis politiques, des organisations de la société civile vaquent à leurs activités sur tout le territoire national dans un environnement apaisé et démocratique.
Via cette lettre, le président Nkurunziza rappelle, d’ailleurs, que cette paix retrouvée était le souhait de la population lors du dialogue interne, piloté par la Commission nationale du dialogue inter-burundais (CNDI).
Une commission qui, selon lui, a collaboré avec l’équipe de Mkapa et dont les membres ont beaucoup contribué aux différentes sessions du dialogue externe d’Arusha sous l’égide de la Communauté est-africaine (CEA).
Revenant sur le référendum constitutionnel de 2018, qualifié de "fait accompli" par ledit rapport, le président Nkurunziza répond qu’il s’agit du souhait de la population et qu’il relève de la souveraineté nationale. Et de préciser que Bujumbura n’a jamais pensé à réviser l’accord d’Arusha.
«Au contraire, il est inclus dans la nouvelle Constitution», éclaire-t-il, notant qu’il a été étonné de constater que dans son rapport, le facilitateur ne reconnaît nulle part les institutions issues des élections de 2015.
Le président Nkurunziza déplore en outre le silence du facilitateur, dans son rapport, sur les agressions du Rwanda contre le Burundi.
Tout en leur remerciant d’avoir reporté le sommet du 30 novembre pour le 27 décembre, le président Nkurunziza demande aux Chefs d’Etats de la CEA de résoudre en premier le conflit entre le Burundi et le Rwanda.
Les relations entre les deux pays, jadis frères, se sont détériorées depuis 2015 avec les contestations contre le 3ème mandat de Nkurunziza.
Bujumbura accuse Kigali d’héberger les putschistes du 13 mai 2015, et d’entretenir des groupes rebelles pour attaquer Bujumbura, ce qu’a toujours refusé Kigali indexant, à son tour, le régime burundais de collaborer avec les « Interahamwe », auteurs du génocide de 1994, selon le régime rwandais.
Appelé à négocier avec les opposants en exil, le président Nkurunziza est catégorique : «Si cela arrive dans vos pays, êtes-vous prêts à s’asseoir avec ceux qui déstabilisent vos pays ?», lance-t-il aux chefs d’Etats de la CEA.
Le dialogue inter-burundais d’Arusha, piloté par la CEA, n’a pas pu aboutir à un accord après cinq sessions.
Le 5ème round boycotté par Bujumbura a eu lieu du 24 au 29 octobre à Arusha, en présence de l’opposition tant interne qu’externe.
Un sommet des chefs d’Etats de la région est déjà programmé pour le 27 décembre pour tenter de convaincre le régime de Bujumbura à négocier avec ses opposants radicaux.