Lassaad Ben Ahmed
05 Juin 2018•Mise à jour: 05 Juin 2018
AA / Bujumbura / Yvan Rukundo
Les préparatifs étaient en cours à Bujumbura, des réservations ont été faites et des dépenses engagées, lorsque Sindiso Ngwenya, SG du Comesa a annoncé la délocalisation pour «Des circonstances imprévues» du 20ème sommet du Marché commun de l’Afrique australe et de l’est.
En effet, le sommet qui était prévu du 1er au 10 juin au Burundi a été délocalisé, à la dernière minute, vers la capitale zambienne Lusaka.
En réaction immédiate, Bujumbura, par le biais de son ministre des Affaires étrangères, Ezéchiel Nibigira, avait qualifié de ‘’manque de respect à un Etat souverain’’, cette décision soudaine et sans préavis.
Délocalisé à moins de deux semaines du démarrage des travaux, alors que Bujumbura commençait déjà à vivre le sommet.
Outre les réservations, des panneaux publicitaires et des drapeaux des 19 pays membres de cette organisation avaient été déjà installés tout au long de la route menant vers l’Aéroport International de Bujumbura.
Cela étant, les hôteliers étaient les premiers à déchanter, alors qu’ils se frottaient les mains, il y a à peine deux semaines, dans un contexte économique morose.
A l’hôtel Source du Nil, un des gestionnaires regrette une perte estimée à plus de 40 mille dollars.
« Avec cet événement, nous avions même engagé des fonds supplémentaires pour réhabiliter quelques chambres et améliorer la qualité des prestations », confie-t-il, notant que ces travaux avaient nécessité plus ou moins 10 mille dollars.
Une vingtaine de personnes avaient, également, été recrutées pour le personnel d’appui, notant qu’une soixantaine de chambres avaient été réservées.
Même lamentations au Royal Palace hôtel. Là, les pertes sont évaluées à plus de 30 mille dollars, affirme un des managers, interrogé par Anadolu.
S’exprimant sous couvert d’anonymat, il fait savoir que les préparatifs de cet accueil leur ont beaucoup coûté.
Et de regretter que jusqu’au 30 mai, Bujumbura continuait toujours à rassurer ces hôteliers que le sommet aura bel et bien lieu au Burundi.
D’après informations recueillies auprès du comité chargé des préparatifs de cet évènement, plus de quarante hôtels totalisant 1230 chambres avaient été sélectionnés pour loger les délégations des 19 pays membres du Comesa.
Et tenant compte des tarifs de ces différents hôtels, les frais d’hébergement par jour étaient estimés à 129 mille dollars. Et durant les 10 jours du sommet (1er au 10 juin), ces hôteliers espéraient encaisser plus de 1,2 million de dollars pour couvrir leurs frais.
Une grande perte selon l’économiste Gilbert Niyongabo, dans un pays, où les sanctions économiques et le gel des aides directes au gouvernement par l’Union européenne (UE) et les anciens bailleurs comme la Belgique, la France, etc, depuis 2015, ont affectés fortement l’économie nationale, notamment en ce qui concerne les réserves en devise, ce qui a causé une dépréciation de la monnaie nationale (Franc Burundais).
A ce niveau, ce professeur à la Faculté de l’Economie à l’Université publique du Burundi indique qu’avec la crise liée au 3ème mandat du président Pierre Nkurunziza, le Franc Burundais (Fbu) s’est dépréciée par rapport au dollar américain à hauteur de près de 60℅.
Et de préciser : « En avril 2015, un dollar s’achetait à 1700 Fbu (Franc burundais) contre 2700 Fbu en avril 2018. Soit le taux de dépréciation monétaire le plus élevé dans l'histoire du pays ».
Approché par Anadolu, un autre économiste trouve que la délocalisation de ce sommet est un coup de massue à l’économie burundaise.
«Cela aurait été une belle occasion d’alimenter le pays en devises», analyse-t-il, sous anonymat.
En effet, outre le logement, justifie-t-il, les délégations allaient faire des consommations, des déplacements et des excursions pour visiter les quelques sites touristiques du pays.
Côté artistique aussi, ce chercheur de l’Institut de recherches économiques au Burundi ajoute que cela aurait été, également, une bonne opportunité pour les artistes, les sculpteurs… pour augmenter leurs ventes et réaliser des bénéfices.
Idem pour les hommes d’affaires, les industriels qui auraient pu en profiter pour établir des liens de collaborations, de coopérations avec d’autres industriels originaires des pays du Comesa.
Initialement prévu du 18 au 19 avril 2018, à Bujumbura, la capitale burundaise, avant d'être reporté pour le 1er au 10 juin, le 20eme sommet du Marché commun pour l'Afrique orientale et australe (Comesa), a été, une nouvelle fois reporté pour le mois de juillet prochain, et délocalisé vers Lusaka, capitale zambienne et siège de cette organisation.
A l'agenda de ce 20eme sommet du Comesa, est prévue l'adhésion officielle de deux nouveaux membres, à savoir la Tunisie et la Somalie.
Le Comesa est une zone de libre-échange créée en décembre 1994.
Il rassemble 19 pays africains: Burundi, Union des Comores, République démocratique du Congo (RDC), Djibouti, Égypte, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Libye, Madagascar, Malawi, Île Maurice, Rwanda, Soudan, Swaziland, Ouganda, Zambie et Zimbabwe.