Esma Ben Said
16 Novembre 2017•Mise à jour: 16 Novembre 2017
AA/Bujumbura/Jean Bosco Nzosoba
L’opposition radicale burundaise a annoncé qu’elle ne prendra pas part à la session de dialogue fixée par la Facilitation « du 27 novembre au 8 décembre » prochain à Arusha, qui aurait pour objet le rapatriement du processus des pourparlers au Burundi.
Dans un communiqué rendu publique mercredi soir et dont Anadolu a reçu copie, Charles Nditije, président du Conseil National pour le respect de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi et de l’Etat de droit (CNARED), principale plateforme de l’opposition en exil, fustige cette session qui va «consacrer la mort définitive de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi, socle de la cohabitation pacifique et de la réconciliation».
Cette prochaine session d’Arusha, poursuit le président du CNARED, aurait pour objet de rapatrier le processus des pourparlers au Burundi. «Ce rapatriement implique que la Facilitation va mettre ce
processus entre les mains de Monsieur Pierre Nkurunziza (le président burundais, ndlr)», a encore déclaré le professeur Charles Nditije,
L’opposition est d’autant plus déçue que la Facilitation vient d’annuler une réunion à son intention. «Cette convocation coïncide avec l’annulation unilatérale d’une réunion de consultation avec le CNARED qui avait été proposée par la Facilitation, les 18 et 19 novembre 2017».
Elle demande à la communauté internationale, en particulier l’ONU, l’UA et la CAE de «ne pas cautionner cette énième descente aux enfers du Burundi». Enfin, aux bailleurs de fonds, l’opposition burundaise
demande de «ne pas financer cette messe de requiem pour l’Accord d’Arusha».
Bujumbura n’a pas encore fait de réaction ni par rapport à ces déclarations de l’opposition, ni au sujet de cette session de dialogue inter burundais annoncée.
Les autorités burundaises ont toujours réclamé le rapatriement de ce dialogue initié par les pays membres de la Communauté d’Afrique de l’est, (CAE) pour mettre fin à la crise burundaise.
Depuis plusieurs mois, ce dialogue inter-burundais se trouve au point mort face au refus de Bujumbura de se mettre à la même table que l'opposition radicale qu'elle accuse d'être derrière la tentative de
coup d'Etat de mai 2015 contre le régime en place.
Lors de sa dernière visite à Bujumbura en décembre 2016, Benjamin Mkapa avait promis de conclure ces pourparlers fin juin 2017, ce qui n'a toujours pas été fait à ce jour.
De l’avis de nombreux observateurs, Bujumbura accorde plus d’attention et d’importance au dialogue interne piloté par la Commission nationale de dialogue interne (CNDI) contrôlé et financé par le pouvoir.
Créée en septembre 2015, cette Commission a rendu son rapport au Président Pierre Nkurunziza en mai dernier. Parmi ses recommandations phares figurent la révision de la constitution et la suppression de la
limitation des mandats présidentiels.
Depuis plus de deux ans, le Burundi traverse une grave crise politique et sécuritaire suite à la décision du Président Pierre Nkurunziza de briguer un 3ème mandat présidentiel jugé illégal par l’opposition et
la société civile.
Les violences consécutives à cette crise ont déjà fait plus d'un millier de morts et poussé plus de 400.000 personnes à fuir le pays, selon un rapport de l’agence de l’ONU pour les réfugiés (UNHCR).