AA / Bujumbura / Yvan Rukundo
Au Burundi, l’humour a une icône, «Kigingi». Cet humoriste exceptionnel nommé Alfred-Aubain Mugenzi et dont la foule trouve un plaisir de l’appeler «Kigingi» ou le «roi du rire», bien qu’il n’ait que 35 ans.
Kigingi est le cadet d’une famille de quatre enfants, établie à Mutanga-Sud, au centre-est de Bujumbura, de nature joviale,il a le contact facile.
A Bujumbura, où la contestation contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza est intense, jeunes, vieux, hommes et femmes, ne ratent pas ses festivals ou ses shows. Dans un contexte morose, l'humour n'est jamais de trop.
Animateur à la radio Buja Fm, diplômé en électromécanique (2007), Kigingi s’est d’abord lancé dans la prise d’images. Trois ans après, en 2010, beaucoup d’autres jeunes ont suivi sa route, les studios se sont multipliés et les commandes ont tari.
Souriant, il affirme que c’est après cette aventure dans l’imagerie, qu’en 2012, Aimé, un de ses amis,a observé chez lui, un grand sens de l'humour.
«Un jour, il m’a invité dans un bar situé tout près de la Radiotélévision nationale du Burundi (Rtnb). Arrivé là, j’ai été surpris de voir qu’il avait tout organisé : un podium pour moi et les clients m’attendaient impatiemment », se souvient cet humoriste rencontré par Anadolu.
Et d’avouer qu’il ne se sentait pas à la hauteur. Une ouverture finalement, car, affirme-t-il, les quelques dizaines de spectateurs se sont détendus. «Un déclic», confie-t-il.
En effet, renchérit-il, depuis ce soir-là, il avait à faire à des foules de jeunes, des femmes et hommes, chaque soir, dans des bars de la capitale.
Rapidement, des salles du rire naissent, comme celle dénommée ‘’Vuvuzela’’, sise sur l’avenue du Large, au sud de Bujumbura. L’humour envahit les scènes, les salles de spectacles burundaises et les foules y affluent, Kigingi a désormais à faire à des milliers de spectateurs.
S’inspirant du quotidien des Burundais, des vies de couples et amoureux, imitant les démarches ou les discours des grandes personnalités, pour écrire ses sketchs, il observe ce qui se passe autour de lui et réussit, avec brio, à en tirer les meilleures blagues et situations comiques.
En apôtre de la bonne humeur, Kigingi a toujours la petite blague qui détend la foule. En 2013, il organisa son premier Show ‘’Barundi Show’’. «Ça a été un événement réussi», se réjouit-il, ajoutant que les foules ont commencé, désormais, à le réclamer.
La même année, Kigingi effectue sa première sortie vers le Rwanda pour participer dans le festival ‘’Seka’’, (un mot rwandais qui vient du verbe ‘’ guseka’’ l’équivalent de ‘’rire’’).
«Une occasion pour moi de rencontrer d’autres comédiens nigériens, ougandais, tanzaniens, etc», indique-t-il, notant que cette sortie lui a ouvert les yeux, et lui a fait réaliser que l’humour est un art, un métier.
«C’est l’un des plus beaux souvenirs de ma vie», affirme-t-il.
Dès son retour, il multiplie les shows, les spectacles du rire et sort de Bujumbura, la capitale, pour les villes intérieures comme Gitega (deuxième ville du pays située dans le centre) et Ngozi (au nord).
Aujourd’hui, il a à son actif différents évènements du rire comme ‘’Kigingi Summer Comedy’’, un événement régional qui en est à sa deuxième éditionet où participent des humoristes rwandais, congolais, camerounais, tanzaniens, ainsi que de jeunes artistes locaux.
Un métier, néanmoins, qui n’est pas sans risques. D’ailleurs, Kigingi garde comme plus mauvais souvenir le jour où il a été arrêté et emprisonné au Service national de renseignement (SNR).
En mars 2016, il a en effet été accusé d’outrage au chef de l’Etat. Et ce, pour un sketch sur le président Nkurunziza lancé en juin 2015 à Kigali, au Rwanda.
Dans ce sketch, l’humoriste raconte comment Nkurunziza, amateur du ballon rond a refusé de quitter le terrain après avoir reçu un deuxième carton jaune, faisant ainsi allusion au troisième mandat du Président, alors que la Constitution lui autorisait deux mandats seulement.
Ses projets sont, entre autres, l’apprentissage de l’anglais pour se produire facilement dans des pays anglophones, approcher la diaspora burundaise, ce qui lui permettra de jouer, espère-t-il, en Europe, en Amérique, etc.
Dans sa vie, Kigingi dit qu’il aime fréquenter des lieux où on se lance des blagues, où on dialogue.
Il haït les conflits, la haine et les disputes. Bref, tout ce qui pousse les gens à ne pas s’entendre. Rien de plus logique quand on est «roi du rire» !