Esma Ben Said
25 Août 2017•Mise à jour: 26 Août 2017
AA/Bujumbura/Jean Bosco
Quatorze fosses communes reformant plusieurs corps ont été découvertes vendredi dans la commune Ndava de la province de Mwaro (80 km de Bujumbura) dans le centre-est du Burundi, a appris Anadolu auprès de la Commission Vérité-Réconciliation (CVR).
«Ces fosses communes ont été trouvées sur la colline de Murago, nous pensons qu’elles datent de 1993 au moment de la guerre civile», a déclaré à Anadolu Jean Claude Niyungeko, représentant de la Commission nationale Vérité-Réconciliation en province de Mwaro.
Cette région a été le théâtre de violents combats en octobre 1993 après l’assassinat de Melchior Ndadaye, premier président burundais démocratiquement élu.
La CVR appelle la population de cette province à informer ses agents qui sont sur terrain, sur d’autres endroits pouvant contenir des fosses communes.
«Nous avons commencé ce travail d’identification des fosses communes depuis le 9 août à Mwaro, c’est un travail qui se poursuit encore, nous demandons à la population de nous y aider afin que ces corps soient inhumés dignement», a encore ajouté Jean Claude Niyungeko.
En février dernier, le président de la CVR, Jean-Louis Nahimana, a officiellement lancé les travaux d'exhumation techniques des restes humains enfouis dans plusieurs fosses communes éparpillées au Burundi à la suite de crises cycliques sanglantes qui jalonnent l'histoire tragique de ce pays.
D’autres fosses communes ont déjà été trouvées dans le sud, le nord et l’ouest du Burundi.
Recommandée dans l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation des Burundais (août 2000), la CVR a été mise en place en 2014 par le Président Pierre Nkurunziza.
Elle a la mission de « promouvoir une stabilisation politique, économique et sociale durable du Burundi en contribuant à la recherche de la vérité sur les violences graves du passé ».
Depuis son accession à l’indépendance en juillet 1962, le Burundi a été cycliquement frappé par des guerres et des massacres interethniques sur fond de rivalités pour le pouvoir.
Les Tutsis minoritaires (14℅) avaient le monopole au sein de l’armée et de l’administration jusqu’en 1993, date des premières élections démocratiques qui, pour la première fois, ont porté au pouvoir un membre de l’ethnie hutu majoritaire (85℅), Melchior Ndadaye.
Son assassinat, trois mois plus tard, a marqué le début d’une décennie de guerre civile qui s’est bouclée par la signature à Arusha en Tanzanie, de l’Accord pour la paix et la réconciliation des Burundais.
Depuis fin avril 2015, le Burundi a, de nouveau, plongé dans une grave crise politique et sécuritaire née de la décision du Président, Pierre Nkurunziza, de briguer un 3ème mandat présidentiel jugé par l’opposition et la société civile contraire à cet Accord d‘Arusha.
Les violences consécutives à cette crise ont déjà fait plus d'un millier de morts et poussé plus de 420.000 personnes à fuir le pays, selon le rapport de l’agence de l’ONU pour les refugiés (UNHCR) publié le 21 août 2017.