Mohamed Hedi Abidellaoui
26 Avril 2017•Mise à jour: 27 Avril 2017
AA/ Kigali/ Henri De Marie
Le Rwanda voit vert. En 2014, le pays des mille collines a lancé un Fonds vert, afin de se prémunir contre un danger qui guette l’humanité entière.
D’ailleurs, comme tous les pays du continent africain, ce pays des Grands Lacs subit les conséquences du changement climatique ces dernières années. Il perd chaque année 1% de son Produit Intérieur Brut (PIB), selon les autorités rwandaises.
En lançant le Fonds vert, Kigali dit vouloir garantir, pour les 50 prochaines années, un développement durable, en procédant à une meilleure gestion des questions environnementales.
« Ce Fonds est destiné à tous. Que vous soyez du privé, du public ou d’une ONG, vous nous soumettez votre projet, nous l’étudions pour voir s’il répond à nos critères, dont la protection durable de l’environnement et la résilience climatique, composantes essentielles de l’économie verte. Votre projet doit aussi lutter contre la pauvreté et faire la promotion de l’égalité des genres car ce fonds se veut inclusif », déclare à Anadolu Alex Mulisa, coordinateur du Fonds vert du Rwanda.
« Novel Energy » est une entreprise locale d'énergie renouvelable qui a bénéficié, en juin 2015, d'un financement de 3,3 millions de dollars par le biais du Fonds vert. Ce projet vise la réduction annuelle de 3 mille et 321 tonnes de dioxyde de carbone à travers la production d'énergies propres et renouvelables. Il permettra également de produire 500 KW supplémentaires au réseau national électrique et de fournir 200 emplois directs et indirects.
« Nous sommes actuellement à la phase terminale du projet. L'inauguration officielle aura lieu bientôt. Les tests se passent bien et çà donne de l'espoir », affirme à Anadolu Ankush Chhabria, directeur de ladite entreprise.
- Apaisement des conflits
La protection et la réhabilitation du bassin de la rivière Yanze, située dans le district de Rulindo à 55 kilomètres de Kigali (capitale) est un autre projet financé par le Fonds vert. Ce cours d’eau, également appelé château d’eau de la capitale rwandaise, alimente à 80% Kigali en eau potable.
Ici, le terrassage et le reboisement des collines aux alentours de la rivière ont été réalisés grâce à un investissement financier de plus de 2 millions de dollars. Le projet a pu créer 4 mille et 815 emplois.
« Ce projet est une réponse adéquate à l’érosion que connaît cette région. Des conflits récurrents éclataient entre surtout les agriculteurs et la société nationale de distribution d’eau à cause de cette rivière. Les paysans s’en servent pour l’agriculture et la société d’eau l’utilise pour fournir de l’eau potable, du coup des conflits éclatent souvent. Ce projet est en mesure d’atténuer peu à peu cette situation grâce à l’aménagement du bassin de la rivière », déclare à Anadolu Manassé Nshimyimana, Coordinateur du projet de conservation de la rivière Yanze.
Trois ans après son lancement, le bilan du Fonds vert s’annonce satisfaisant, selon ses responsables. Il a, en effet, pu créer 89 mille et 694 emplois de 2014 à 2016 et su mobiliser plus de 100 millions de dollars en 3 années pour financer 33 projets écologiques. Mais certains défis restent à relever pour plus d’efficacité.
- Du déclin à l'éclosion
« Ce Fonds doit permettre au secteur privé de mieux investir, étant sous un monopole gouvernemental. Cette ouverture permettra également aux investisseurs internationaux d'y injecter de l'argent », fait remarquer l'économiste Teddy Kaberuka, approché par Anadolu.
Le Fonds vert envisage, au demeurant, la création de 100 mille emplois en 2017. Il demeure le plus grand fonds du genre en Afrique, d'après les autorités rwandaises.
Le Rwanda s'étend sur 26 338 km2 dans la région des Grands Lacs et partage des frontières avec, au nord, l'Ouganda, à l'est, la Tanzanie, au sud, le Burundi, et à l'ouest, la République démocratique du Congo.
Le pays est parvenu à renaître de ses cendres, après le génocide de 1994 qui a fait environ 800 mille morts, selon l’ONU. Ce génocide était né d'un conflit opposant Hutus (ethnie majoritaire) et Tutsis (ethnie minoritaire).
En 2017, le rapport Doing Business de la Banque mondiale (BM) classe le Rwanda au deuxième rang des pays d’Afrique disposant d’un environnement économique, social et politique favorable aux affaires.
A plus grande échelle, le pays occupe la 56ème place devançant, le Maroc (68ème mondial), le Botswana (71ème mondial) et l’Afrique du Sud (74ème mondial).
Le Rwanda a réussi à mettre en place un arsenal juridique et infrastructurel propice aux affaires: facilité à enregistrer et démarrer une entreprise, système efficace d’accès aux crédits, protection des investisseurs, lutte contre la corruption et paiement des impôts.
Du déclin à l'éclosion, le combat du Rwanda est à méditer.