AA / N'Djamena / Mahamat Ramadane
La situation alimentaire et nutritionnelle est en forte détérioration dans certaines parties de la bande sahélienne, d’après une récente étude publiée en avril, par Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
«Près de 7.1 millions de personnes font actuellement face à une situation de crise ou d’urgence, notamment dans les zones où l’insécurité est encore prégnante : dans le bassin du lac Tchad, dans la boucle Liptako-Gourma et dans le centre du Mali», a précisé l’OCDE dans son rapport.
Si des réponses immédiates et appropriées ne sont pas apportées, le nombre de personnes concernées pourrait atteindre 10,6 millions d’ici juin-août 2018, s'alarme l'OCDE.
Au Nigeria, par exemple, même si la situation alimentaire s’est améliorée dans les Etats du nord-est (Adamawa, Borno et Yobé) grâce aux interventions humanitaires en cours, le pays compte toutefois plus de 50 % de personnes souffrant d’insécurité alimentaire.
D’après l’analyse du cadre harmonisé (Outil ouest-africain d’analyse et d’identification des zones à risque et des populations victimes d’insécurité alimentaire et nutritionnelle), environ 3.7 millions de Nigérians ont actuellement besoin d’une aide d’urgence (mars-mai 2018).
Ce nombre devrait atteindre environ 5.3 millions d’ici juin-août. Rien que dans l’État de Borno, quelque 1.5 million de personnes (27.8 % de la population) sont susceptibles de faire face à une situation de crise.
Pour l’économiste Hamidou Imran, l’Etat de Borno, au Nigeria, est particulièrement le plus affecté par la crise alimentaire et nutritionnelle parce que cette région du pays a subi régulièrement, ces trois dernières années, des attaques et des exactions terroristes de Boko haram.
Ces attaques ont occasionné des déplacements massifs des populations à l’intérieur de la région.
«La population de l’Etat de Borno au Nigeria a été tourmentée par les menaces terroristes. La majorité de cette population a fui, à cause de l’insécurité, laissant dernière elle, des champs et des activités génératrices de revenu», a-t-il indiqué à anadolu.
Ces populations se retrouvent réfugiés dans leur propre pays, a constaté l'expert.
Selon l’étude de l’OCDE, la situation s’annonce également difficile pour le Burkina Faso, le Mali et le Tchad qui devront, chacun, répondre aux besoins urgents de près d’un million de personnes, exposées à la crise alimentaire et nutritionnelle.
Le Niger pourrait compter environ 800 000 personnes en insécurité alimentaire d’ici juin-août.
Ces personnes, en besoin d’assistance, sont en majorité des pasteurs et des agro-pasteurs. Durement touchées par le manque de fourrage et d’eau, ces communautés et leur bétail ont été contraints à la mobilité précoce, à l’intérieur des frontières nationales comme au-delà.
Pour Izzadine Mahamoud, membre de l’ONG «KAWTAL», une organisation d'éleveurs nomades du Tchad, du Cameroun, de la RCA et du Niger, les populations nomades du Sahel, estimées à plus de trois millions de personnes, sont les plus affectées par la crise.
Elles font face, en effet, non seulement aux besoins alimentaires de la communauté, mais aussi de leurs troupeaux.
«Avec le changement climatique, les cours d’eau tarissent plutôt que prévu et ces éleveurs sont obligés de parcourir des dizaines de kilomètre pour abreuver et alimenter leurs bétails en cette saison sèche. Vivant essentiellement des produits de l’élevage, ils ont du mal à joindre les deux bouts», a-t-il déclaré à anadolu.
De son côté, le ministre tchadien de la Production, de l’Irrigation et des Équipements agricoles, Asseid Gamar assileck, indique que cette situation de précarité alimentaire et nutritionnelle dans la région sahélienne s’explique par la mauvaise campagne agricole de la saison 2017-2018.
Deux facteur sont à l'origine de cette situation, à savoir, la mauvaise pluviométrie et l’insuffisance des crédits agricoles mis à la disposition des paysans.
«La crise économique et financière ayant affecté la plupart de nos pays sahéliens a sérieusement touché le secteur agricole de la région», a déclaré le ministre tchadien à Anadolu.
Et d'expliquer qu'indépendamment des réponses globales, «chaque pays est en train de mettre en œuvre des programmes au niveau national pour contenir cette crise alimentaire que nous redoutons».
Au Tchad, dit-il, nous avons commencé la mise en œuvre de notre plan quinquennal, notamment la maîtrise et la gestion de l’eau, l’intensification et la diversification des productions agricoles, la sécurisation de la situation alimentaire, le renforcement des structures d’appui à la production et la promotion des filières porteuses pour venir à bout de ce fléau.
D’après de nombreux experts du Continent, cette situation de crise alimentaire tendue, est également due au contexte économique morose, auquel la région sahélienne fait face, notamment avec des dépréciations de certaines devises nationales et une inflation dont pâtissent les plus vulnérables.