Nadia Al Chahed
26 Septembre 2016•Mise à jour: 27 Septembre 2016
AA/ Lubumbashi (RDC)/ Didier Makal
L'explosion de l'exploitation minière dans l'ancienne province du haut Katanga (sud de la RDC) s'est accompagnée pour les population locales d'une vraie série noire, selon des témoignages recueillis par Anadolu.
Contraints de quitter leurs maisons et leurs terres, les paysans des zones minières se retrouvent souvent sans recours face aux autorités qui font "la sourde oreille" et un code foncier qui donne la priorité à ces exploitations particulièrement porteuses.
Les habitants de Kipili et Kintu, deux villages situés à environ 18 km de Lubumbashi, dans le territoire de Kipushi, sont aujourd'hui menacés d'expropriation.
Face à cette menace ils ont adressé une lettre aux autorités à Lubumbashi où ils ont dénoncé une "tentative de spoliation de leur espace socioculturel" par le cadastre du territoire de Kipushi, autorité administrative dont ils relèvent et qu'ils accusent de vouloir les déloger au profit d'une société minière sud africaine (Geniland Evolution)
Interrogés par Anadolu, plusieurs paysans ont déclaré avoir subi des pressions policières et des arrestations. En août 2015, trois chefs coutumiers de Kipili, Kintu et Kitambala avaient été arrêtés pour avoir dénoncé la spoliation de leurs terres par l’Etat congolais.
L’administrateur du territoire de Kipushi avait, pour sa part, évoqué une affaire de coups et blessures imputée à ces trois chefs, ont déclaré à Anadolu des sources locales.
Le cas des habitants de Kipili et Kintu n'est pas unique en son genre dans l'ex-Katanga, le scénario se répète en effet dans plusieurs villages voisins des sites miniers.
Tendance qui s'est amplifiée durant les dix dernières années et que le code organisant le secteur miner n'a fait que favoriser dans la mesure où il accorde la priorité à ces exploitations aux dépends du foncier.
Ainsi le village de Kijiba (dans le sud-est du Haut Katanga) a-t-il été délocalisé vers celui de Kifumpa afin de céder la place à la concession de la filiale d’Eurasian Natural Ressources Corporation.
«Les gens avaient des terres arables et de l’eau dans leur village. Ils ont été conduits à Kifumpa où la terre n’est pas arable», explique Mathias Ben Bella, activiste des droits de l’homme au sein de l'ONG Action contre l’impunité et pour les droits de l’homme (ACIDH).
En l'absence de services sanitaires, d'écoles et de terres arables, les maisons bâties par l’entreprise minière pour les familles délocalisées sont restées inhabitées, a-t-il déclaré à Anadolu ajoutant que la majorité des familles délogées ont préféré se déplacer en Zambie pour gagner leur vie.
A Kawama, un autre village situé à la périphérie de Lubumbashi, les services de sécurité avaient, en 2014, détruit plusieurs maisons dont les propriétaires avaient refusé que l’entreprise CMSK (Compagnie minière du Sud-Katanga) y procède à des fouilles.
Les habitants de Ruasheni, localité à 13 km à l’est de Lubumbashi, où opère l’entreprise Chemical of Africa (CHEMAF), ont eu droit à une indemnisation variant entre 300 et 1000 dollars pour quitter leurs maisons. Des indemnités "insuffisantes pour leur permettre de s'établir ailleurs dans les meilleures conditions", estime Mathias Ben Bella de l’ACIDH.
Face à cette situation, les autorités locales restent inertes et refusent de commenter la situation. Si les ONG se disent inquiètes de la détérioration des surfaces cultivables à cause de l'invasion minière, l'inspecteur provincial de l’agriculture, Baudouin Kakudji, assure que la RDC n’est pas encore arrivée aux pertes massives des terres.
«Le code minier oblige les entreprises à garantir l’accès des populations locales aux terres agricoles», précise -t-il à Anadolu.
Dans ce contexte marqué par la rareté des ressources, le ressentiment nourri par les communautés voisines vis à vis des exploitations minières va grandissant et il n'est pas rare que des jeunes se retrouvent accusés de voler les minerais dans les usines ou carrières minières. Parfois, ces pillages se soldent par des violences.
En août, l’Ecole de criminologie (Ecocrim) de l’Université de Lubumbashi invitait les miniers à se tourner vers l’implication des populations locales dans la sécurisation de leurs biens. Un objectif qui passe, selon Ildephonse Tshinyama, le directeur de l’Ecocrim,par " l’amélioration des conditions de vie de ces populations".