AA/ Tunis/ Afef Toumi
Le début de l’année 2017 s’annonce mal en Tunisie avec la hausse des prix des produits alimentaires qui a touché essentiellement les légumes et les fruits. Le taux d’inflation s’est élevé considérablement en un mois, atteignant 4,6% en janvier 2017, contre 4,2% en décembre, selon les données de la Banque Centrale de Tunisie.
Une accélération du rythme d’accroissement des prix
L’augmentation enregistrée dans le taux d’inflation est due à l’accélération du rythme d’accroissement, en glissement annuel, des prix des produits alimentaires, entre autres. La hausse des prix des légumes frais a atteint 17%, au cours du mois de janvier 2017, par rapport à la même période de 2016, selon l’Institut National de la Statistique (INS).
En février 2017, le facteur climatique a enfoncé le couteau dans la plaie. La vague de froid, qui a envahi le pays, a empêché les agriculteurs de récolter les légumes, d’où la rareté des produits dans les marchés. Les prix sont donc montés en flèche, c’est du moins, l’explication présentée, à maintes reprises, par les ministères du Commerce et de l’Agriculture.
A titre d’exemple, le prix du piment a grimpé à plus de 4 dinars (1,8 USD), celui des tomates à plus de 2 dinars. Certains tunisiens, au pouvoir d’achat limité, sont obligés à changer leur mode de consommation et de le rationaliser.
Quand on devient inapte à gérer la situation
Un micro-trottoir effectué par Anadolu au centre ville de Tunis, a permis de recueillir les échos transmis par les consommateurs tunisiens quant à la hausse des prix des produits alimentaires, exceptionnellement des légumes et fruits.
Certaines gens n’arrivent pas à gérer leurs revenus en face d’un pouvoir d’achat ruiné. C’est le cas de Fayçel, un fonctionnaire et père de 2 enfants, qui se sent déboussolé entre les demandes incessantes de sa famille et la hausse des prix des produits alimentaires.
« Auparavant je faisais les courses du mois et c’était une manière de cerner les dépenses, en laissant juste les légumes à acheter une fois par semaine. Maintenant plus aucune stratégie ne marche et vers les deux tiers du mois je suis obligé d’emprunter au moins 100 dinars », a-t-il indiqué, ajoutant que cela se reproduit tous les mois et qu’il ne parvient plus à rembourser le cumul de ses dettes.
Ces gens qui réussissent à rationaliser leur consommation…
Croisée en train de faire ses courses quotidiennes, Mme Radhia, une sexagénaire, pense que c’est inutile de se plaindre, « chacun devrait savoir gérer son budget, on n’a pas vraiment le choix car les prix ne redeviendront plus comme on le souhaite », a-t-elle lancé. Elle a ajouté que, vivant seule, elle n’a pas besoin de dépenser une fortune pour bien manger et qu’une retraite de 400 dinars lui suffit pour ne manquer de rien, mais sans parvenir à épargner un sou.
Pour sa part, Naceur, un enseignant de 44 ans et père de famille, assure que la hausse des prix est ressentie dans tous les produits de consommation, mais surtout dans les produits alimentaires. « Cette augmentation brusque a chamboulé nos calculs et nous a mis dans l’obligation de nous priver de certains produits, qui, selon moi ne sont pas indispensables », a-t-il expliqué. Il a ajouté qu’avoir des enfants lui met davantage de pression car leurs besoins sont différents, étant dans une phase de croissance. Toutefois, il tente avec sa femme de fournir ce qu’il faut, «carnet, stylo et calculatrice toujours présents», conclut-il.
Jihene, une jeune femme trentenaire vivant seule avec son mari, indique que rien ne l’oblige à acheter ce qui ne lui sert pas. C’est sa première règle de consommation pour surpasser les petites crises. «Je décide au jour le jour de ce que je dois préparer et j’achète juste ce qu’il me faut pour le repas du jour. Je rationalise mes achats et ma consommation sans pour autant me priver des produits alimentaires de base », a-t-elle expliqué.
Une solution valable : Chercher à augmenter ses revenus
A l’exception de la majorité des tunisiens, Tarek un jeune marié et père d’un seul enfant considère que la solution la plus valable pour ne pas se mettre sous pression, est de chercher à augmenter ses revenus. «Je n’ai pas de problème à faire le double emploi même si cela me coûte parfois le repos du weekend», indique-t-il tout confiant. Il ajoute qu’à côté de ses revenus fixes ainsi que ceux de sa femme, il tente toujours de fournir une somme supplémentaire pour ne pas tomber dans un blocage et pour réaliser un confort minimal.
L’économie tunisienne, étant en phase de réanimation, nécessite une stratégie de sauvetage urgente afin d’alléger les répercussions de la crise, ressenties directement par les citoyens. Ces derniers se soucient peu de l’état général de l’économie nationale et des facteurs qui ont engendré la crise, leur souci est de sauver leur pouvoir d’achat en chaos.
1 dollar : 2,25 dinars