AA - Ankara - Tuncay Çakmak
Le ministre turc des Affaires Etrangères, Mevlut Cavusoglu, a déclaré que "les Etats-Unis et la Russie ne poursuivent pas la même politique en Syrie".
Mevlut Cavusoglu exposait, mercredi soir, devant les députés de la Grande Assemblée Nationale de Turquie (GANT), les grandes lignes de la politique étrangère de la Turquie, avant de répondre aux questions des députés.
La crise qui secoue la Syrie a occupé une place importante dans les débats parlementaires.
Le ministre est largement revenu sur les différentes politiques adoptées par les pays impliqués dans la lutte contre Daech en Syrie.
Pour Cavusoglu, le fait que 88% des frappes russes ciblent les groupes de l’opposition modérée est une preuve évidente que Washington et Moscou ne poursuivent pas une politique similaire en Syrie.
«Si, comme certains le pensent, les Etats-Unis et la Russie partageaient les mêmes objectifs en Syrie, les frappes russes ne viseraient pas à 88% les groupes d’opposition modérés, aussi soutenus par Washington», a-t-il expliqué.
Selon Cavusoglu, "Les Etats-Unis et la Russie ne partagent pas non plus la même approche vis-à-vis de l’organisation terroriste Daech".
"La Russie a un autre agenda", a-t-il affirmé, estimant que "Les Etats-Unis commencent à comprendre qu’ils ont eu tort de croire à la Russie".
«Comme nous, les américains veulent le départ de Bachar al-Assad et proposent une période de transition, mais la Russie et l’Iran veulent le maintien de ce dernier», a-t-il dit.
Cavusoglu a relevé que de nombreux pays européens et les Etats-Unis ont constaté que toutes les prévisions développées par la Turquie depuis cinq ans, soit au début de la crise en Syrie, "se sont avérées justes".
«Ils nous ont exprimé leurs regrets de ne nous avoir pas écouté", a-t-il encore dit.
"Je parie que les Etats-Unis et les autres pays qui soutiennent aujourd’hui le PYD, branche syrienne du PKK, découvriront la réaluité de cette organisation", a-t-il souligné.
Cavusoglu a indiqué que "autant que les Américains, les Européens regrettent aussi de ne pas avoir pris en considération la création d’une zone sécurisée en Syrie.
«Ce sujet était inscrit à l’ordre du jour lors de la visite d’Angela Merkel à Ankara ce lundi», a-t-il encore dit.
Le ministre s’est félicité du fait que certains pays européens considèrent, désormais, ceux qui vont rejoindre les rangs du PKK en Syrie et dans le district du Nord de l'Irak sont des «combattants étrangers et des terroristes».
Pour le chef de la diplomatie turque, il est temps que "la communauté internationale n'établisse plus de distinctions entre les différents groupes terroristes".
"C’est une grosse erreur que de penser que le serpent qui ne me mord pas n’est pas dangereux", a-t-il dit.
"De la même manière que nous luttons contre Daech, Al Qaida et le front al-Nousra, il faut avoir la même approche contre le PKK et le DHKP-C (extrême gauche)", a-t-il souligné.
Concernant toujours la crise en Syrie et la situation générale au Moyen-Orient, Cavusoglu a critiqué la politique initiée par l’Iran.
«Pour le moment, l’Iran ne poursuit pas la politique constructive que l’on pourrait attendre d’elle", a-t-il estimé.
"Nous partageons avec sincérité nos différents points de vue avec Téhéran. Prochainement, mon homologue iranien se déplacera à Ankara, avant que ce ne soit le Président qui se rendra en Turquie", a-t-il annoncé.
Cavusoglu a, ensuite, répondu à quelques questions posées par les députés.
Concernant la question chypriote, le ministre s’est dit "très optimiste" quant à un accord entre les deux parties au courant de l’année 2016.
Il a également rétorqué aux affirmations selon lesquelles la politique étrangère turque serait totalement désastreuse. «Ce n’est pas vrai", a-t-il lancé.
"Nous sommes évidemment contraints de nous préoccuper de ce qui se passe autour de nous. Nous avons des problèmes avec la Syrie, l’Irak et depuis quelques temps avec la Russie, mais ça ne veut pas dire que nous avons touché le fond", a-t-il expliqué.
Cavusoglu a, par ailleurs, rappelé qu’avec 234 représentations diplomatiques à travers le monde (ambassades et consulats), la Turquie se place au 5ème rang des pays les plus représentés sur la planète.