AA - Ankara - Bilal Muftuoglu/ Nur Gulsoy
Plus de 54 millions de citoyens turcs se rendent, dimanche 1er novembre, aux urnes pour élire les 550 députés de la 25ème législature.
Seize partis et 21 candidats indépendants se disputent les 550 sièges du Parlement, à travers les 81 provinces turques, pour un mandat de quatre ans.
Le seuil électoral, fixé à 10%, prévoit la distribution des voix exprimées en faveur des partis exclus du Parlement aux partis qui recueillent plus de 10% des votes, notamment dans les circonscriptions des partis battus.
En effet, un parti qui est en mesure de recueillir un grand nombre de voix dans une province donnée, peut faire face au risque de n'obtenir aucun siège au Parlement, à cause de son échec dans l'ensemble du pays.
Introduit à la suite du coup d'Etat de 1980, ce système favorise les grands partis et défavorise les petites formations, raison pour laquelle ces dernières préfèrent que leurs candidats se présentent en indépendants, et rejoignent le parti, une fois élus au Parlement.
Le Haut Conseil électoral turc (YSK) avait annoncé le 25 août dernier l’organisation des élections anticipées le 1er novembre dès lors qu'aucune coalition ne s’est dégagée des négociations entre les quatre partis politiques qui ont franchi le seuil électoral lors des élections du 7 juin.
En juin dernier, le Parti pour la Justice et le Développement (AK Parti) avait obtenu 40,87% des voix, lui permettant d’obtenir 258 sièges, soit 18 en-deçà du nombre requis pour former un gouvernement tout seul.
Le Parti Républicain du Peuple (CHP) avait de son côté remporté 24,95% des voix, alors que le Parti d’Action nationaliste (MHP) en avait obtenu 16,29%. Le Parti Démocratique des peuples (HDP), qui est entré au Parlement pour la première fois de son histoire, avait recueilli lui 13,12% des voix.
- Le processus de vote
Selon le Haut Conseil électoral (YSK), un total de 54 049 940 électeurs est appelé à voter, dont près de 27,5 millions de femmes et 26,5 millions d’hommes, pour élire les membres du parlement de la 26ème législature.
Les 175 006 bureaux de vote sont ouverts entre 07h00 et 16h00 à l'est du pays et entre 08h00 et 17h00 dans le reste (heures locales). Près d'un million de Turcs résidant à l'étranger ont déjà voté jusqu'au 25 octobre, dans les sièges de 113 ambassades et consulats de leur pays.
Les votes exprimés dans les 30 bureaux de vote installés au niveau des aéroports et des postes de douane seront recueillis après la clôture du scrutin, dimanche dans l'après-midi.
L'électorat turc est tenu de voter pour un parti, et non pas pour un candidat, dans 85 circonscriptions électorales du pays, dans le cadre d'un scrutin proportionnel à listes bloquées.
Les élections seront par ailleurs supervisées par les observateurs des organisations de la société civile et des partis politiques, ainsi que par des institutions internationales, dont l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et le Conseil de l'Europe.
Parmi les 81 villes turques, Istanbul est celle qui pourvoit, étant donné le nombre de ses habitants, le plus grand nombre de députés au Parlement, à savoir 88 répartis sur ses trois circonscriptions. Or, Konya, dont la densité en terme d'habitants est peu élevée, bien qu'elle soit la plus vaste province de Turquie, n’en fournit que 14.
- Enjeux des partis politiques
L’AK Parti, présidé par le Premier ministre Ahmet Davutoglu, s'emploie à obtenir la majorité au Parlement, cherchant ainsi à gagner au moins 276 sièges.
Les voix supplémentaires pourraient aussi permettre à l'AK Parti d'avoir la possibilité de mettre en œuvre les changements constitutionnels qu'il envisage, à savoir le changement du régime parlementaire en un régime présidentiel.
Pour pouvoir engager ces changements sans pour autant devoir recourir à un référendum, le parti a besoin d'obtenir 367 sièges. S'il obtient 330 sièges seulement, il devra passer par un référendum pour parvenir à ses fins.
Le candidat de l'AK Parti au poste de président de la République, Erdogan, avait recueilli, quant à lui, 52% des votes à la Présidentielle en août 2014.
Principal parti d'opposition, le CHP, fondé par Mustafa Kemal Ataturk, s'emploiera à recueillir 30% des voix, synonyme pour lui d'une avance considérable depuis les dernières élections où il n'en avait obtenu 24,9%.
Les deux partis de l'opposition (CHP-MHP) avaient présenté un candidat commun à l'élection présidentielle d'août 2014, candidat classé deuxième avec 38% des voix.
Le HDP, dont les députés s'étaient présentés sous l'étiquette d'indépendants en 2011, participe pour la deuxième fois au scrutin en tant que parti politique après avoir réussi à dépasser le seuil électoral de 10% juin dernier.