AA - Ankara - Nur Gülsoy
Qu'un parti ne puisse pas dépasser le seuil électoral, ne détermine pas la légitimité des élections, a déclaré le vice-Premier ministre turc, Yalcin Akdogan.
Le vice-Premier ministre a été invité au Journal de la chaîne de télévision turque Star, lundi soir, et a commenté l'actualité turque, notamment le processus de résolution.
Le maire de la ville de Mardin (sud-est), Ahmet Turk avait récemment dit, "si nous ne dépassons pas le seuil électoral, ce serait la faute de l'Etat, alors nous disposerons de nous-mêmes".
"L'Etat est-il responsable de faire en sorte que les partis franchissent ce seuil?, s'est interrogé Akdogan. C'est une affirmation très irresponsable. Transformer cela en chantage et menace signifie ne pas croire à la démocratie. Nous entendons certains dire 'voilà ce qui se passera si nous ne dépassons pas le seuil, nous créérons un parlement alternatif, les élections seront illégitimes'. Que vous dépassez ou non le seuil, cela ne détermine pas la légitimité des élections. Ce n'est pas uniquement le Parti démocratique des peuples (HDP) qui représente les kurdes, plusieurs d'entres eux sont députés du Parti pour la Justice et le Développement (AKP, au pouvoir)."
"Le HDP joue un rôle dans le processus de résolution, a-t-il poursuivi. Je lui accorde de l'importance mais cela ne signifie pas que je souhaite qu'il passe absoluement le seuil électoral. Selon les sondages actuels, ils obtiennent 7% des voix. Je ne pense pas qu'il puisse franchir le seuil [étant actuellement de 10%]. Je ne crois pas non plus que les membres du HDP soient convaincus de pouvoir le faire, eux non plus. Ils tentent leur chance avec un langage menaçant."
Akdogan a ensuite abordé le processus de résolution, lancé au début de l'année 2013, par un cessez-le-feu conclu entre le gouvernement turc et le mouvement PKK, classé "organisation terroriste".
Le gouvernement avait promis des réformes démocratiques pour renforcer les droits de la population kurde qui représente 18% de la population totale en Turquie.
"Nous essayons une méthode toute neuve, a-t-il affirmé. J'estime que nous avons bien progressé. Les négociations se poursuivent. Le gouvernement continue de travailler de son côté. Il faut garder espoir. L'appel d'Abdullah Ocalan [dirigeant incarcéré du PKK] au Newroz 2013 de 'taire les armes, et exprimer les opinions' était remarquable. C'était un esprit soutenant l'idée d'abandonner les armes. Faire germer cette idée et en discuter était important. (...) Il faut maintenant passer à l'étape suivante, et entendre un appel plus avancé."
"Quel est le but du processus de résolution?, s'est interrogé Akdogan. C'est l'abandon total des armes, la fin de la terreur. Une résolution radicale de ce problème. C'est pourquoi nous avons entamé ce processus."
Le vice-Premier ministre a aussi commenté la démission du chef des Services de renseignement turcs (MIT), Hakan Fidan, dans le cadre du processus de lutte contre l'organisation parallèle.
Selon Akdogan, les grandes institutions et le processus adopté ne sont pas liés aux personnes physiques, mais le succès de celles-ci déterminent les avancées après leur départ.
"Le processus de résolution et la lutte contre l'organisation parallèle sont devenus des politiques d'Etat, a-t-il insisté. Un nouveau Conseil a été mis en place pour le processus de résolution et notre Premier ministre le préside. La démission de Fidan ne nuira pas au processus ou à la lutte contre l'organisation parallèle."
Hakan Fidan avait démissionné de son poste dimanche, en vue de se présenter aux élections législatives du 7 juin prochain, cette décision n'a pas été favorablement accueillie par le président de la République, Recep Tayyip Erdogan.
Parlant de l'organisation parallèle, Yalcin Akdogan a aussi abordé une éventuelle extradition de Fethullah Gulen, personnalité religieuse en exil volontaire aux Etats-Unis.
Des représentants du gouvernement turc accusent certains procureurs, employés de la police et des bureaucrates d'être en relation avec l'organisation parallèle pour des buts d'espionnage. Cette organisation dirigée par le mouvement de Fethullah Gulen aurait infiltré l'Etat turc afin de renverser le gouvernement. Elle aurait aussi pris pour cible le gouvernement avec l'affaire de corruption du 17 décembre, dont quatre anciens ministres font l'objet.
"Je ne sais pas si les Etats-Unis l'extraderaient, a déclaré Akdogan, en réponse à une question sur la publication de bulletin rouge pour Gulen. À ce stade, le bon fonctionnement des procédures et du cadre légal sera important. Il ne faut pas se trouver réfuge dans des commentaires paresseux en croyant que cette organisation serait protégée par des pays puissants. J'estime qu'il ne faut pas lui attribuer une puissance et penser qu'elle est bien protégée. En fin de compte, c'est une procédure. Les Etats ne peuvent pas y rester indifférents."