AA – Ankara
Les allégations arméniennes sur les événements de 1915 doivent être étudiées de manière scientifique, a souligné le président de l'Institut d'Histoire turque (TTK), Refik Turan.
Interviewé par l'Agence Anadolu, Turan a commenté les allégations arméniennes sur les événements de 1915.
Rappelant que le président des États-Unis, Barack Obama, a qualifié ces événements de «Meds Yeghern», qui signifie de «Grande Catastrophe» en arménien, Turan a déclaré: «C'est important qu'Obama aie parlé de catastrophe concernant ces événements, tout comme l'année dernière [à l'occasion de l'anniversaire des événements]".
"Nous considérons cela comme étant une expression politique. Nous estimons que les allégations [et l'histoire des événements] doivent être étudiées de manière scientifique", a-t-il poursuivi.
Selon Turan, une conférence a été organisée au mois de mars écoulé aux États-Unis avec la participation de plus d'une centaine d'associations turques, ainsi que de l'historien et expert américain de l'époque ottomane, le Professeur Justin McCarthy.
Le président du TTK a insisté sur le fait que l'Institut se penche en continu sur cette question et produira des travaux diffusions «convaincants».
D'après Turan, la question arménienne relève de plusieurs domaines dont ceux de la "science et la propagande".
Il a donné comme preuve l'exemple d'une photographie où Mustafa Kemal Ataturk caressait des chiens et où ces animaux ont été substitués par des "dépouilles humaines".
Turan a noté qu'il faut faire de la «contre-propagande» pour justement lutter ces efforts.
«Nous disposons de sources solides concernant la question arménienne", a-t-il poursuivi.
"Nous ne les avons pas encore partagé avec le grand public. Nous travaillons justement sur cela. Nous avons un 'Recueil Arménien' en dix volumes qui rassemble les publications en Turquie et à l'étranger sur le sujet. Nous visons à l'élargir à au moins vingt volumes pour ensuite les rendre publics partout", a-t-il mentionné.
Le président du TTK a relevé qu'il faut être "plus visionnaire et plus actif pour se fixer une feuille de route et convaincre les gens et la communauté internationale".
Que s’est-il passé en 1915 ?
Dans le but de créer un Etat indépendant, les nationalistes arméniens ont collaboré avec les troupes russes contre l’Empire Ottoman dès le début de la Première Guerre Mondiale en 1914.
L’armée russe avait ainsi bénéficié d’un grand soutien des Arméniens, et ottomans et russes, lors de son invasion de l’est de l’Anatolie. Certains soldats arméniens de l’armée ottomane avaient même rejoint les rangs russes. Les troupes arméniennes avaient largement contribué à détruire les canaux logistiques de l’armée ottomane pour ralentir son avancée.
Les milices Arméniennes ont surtout perpétré des massacres contre les civils des régions envahies.
Le gouvernement ottoman avait essayé de discuter, en vain, avec les représentants et les chefs de la communauté arménienne.
Les «comités arméniens» avaient au contraire multiplié leur action violente . C’est alors que le gouvernement a décidé, le 24 juin 1915, d’interdire les comités révolutionnaires et d’arrêter ou d’exiler certains des dirigeants arméniens.
C’est cette date qui a été marquée d’une pierre blanche par les Arméniens pour devenir celle de la commémoration de ce qu’ils appellent «le génocide».
Le 27 mai 1915, le gouvernement ottoman avait décidé, de déplacer les Arméniens vivant dans les zones de combat et ceux qui collaborent avec les Russes, en prenant toutes les mesures pour les protéger et répondre à leurs besoins pendant la migration. Mais le contexte de l’époque, la guerre, les conflits internes, la recherche de vengeance des populations locales, la famine et les maladies ont causé la mort de nombreux Arméniens.
Les archives démontrent que le gouvernement de l’époque n’avait jamais planifié cette tragédie et qu’il avait puni les responsables des crimes contre les Arméniens. Alors même que la guerre n’était pas finie, les auteurs de ces crimes avaient été en effet arrêtés, jugés et condamnés à la peine de mort.
La nécessité d’une mémoire juste et de l’empathie.
L’objectif de l’Arménie et de la diaspora arménienne est actuellement, de faire reconnaître la tragédie de ce grand déplacement de 1915 comme «un génocide» afin de percevoir des indemnités.
L’Accord de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide définit le génocide comme la volonté de faire disparaître un groupe national, ethnique ou religieux.
La Turquie considère que les évènements de 1915 ne peuvent être reconnus comme tel et qu’il s’agissait d’«une tragédie commune» pour les parties concernées. La Turquie défend l’idée que ces parties doivent chercher à comprendre le contexte de 1915, et à faire preuve de respect face aux drames vécus par chacun dans une approche faisant appel à une «mémoire juste».
La Turquie propose qu’une commission composée d’historiens turcs, arméniens et internationaux, étudient les archives des deux parties et des pays tiers.
Erevan n’a pas su se saisir de l’opportunité de normaliser les relations.
En octobre 2009, les deux pays ont signé, à Zurich en Suisse, deux protocoles pour développer à nouveau des relations diplomatiques et encourager les relations bilatérales.
Les protocoles prévoyaient d’étudier les sources et archives historiques pour élucider et surmonter ce différend, et de reconnaître puis rouvrir les frontières entre les deux pays.
Le gouvernement turc a transmis au parlement les protocoles pour leur ratification. Mais, pour sa part, le gouvernement arménien les a soumis à la Cour Constitutionnelle, qui les a trouvés contraire à la constitution.
En janvier 2010, l’Arménie a annoncé qu’il les gelait, pour finalement les rejeter, cinq ans après, en février 2015.