Ayşe Aktaş
13 Février 2016•Mise à jour: 14 Février 2016
AA - Ankara - Nur Gülsoy
Il est peu probable que le consensus trouvé à Munich le 11 février, sur l'arrêt des attaques, puisse changer la situation en Syrie, selon le Secrétaire général adjoint et le porte-parole de la Présidence de la République turque, Ibrahim Kalin.
Le porte-parole a rédigé, samedi, un article intitulé "La Guerre, la diplomatie et la tragédie syrienne" pour le quotidien "Daily Sabah".
Alors que les pays de l'Occident parlent d'une solution politique en Syrie, la Russie intensifie ses attaques militaires pour changer le cours des événements, selon Kalin.
"Il est peu probable que le consensus trouvé à Munich le 11 février, sur l'arrêt des attaques, puisse changer la situation en Syrie, a-t-il déclaré. Ces deux dernières années, les parties belligérantes, y compris la Russie, ont affirmé qu'il n'y a pas de solution militaire à la question syrienne et ont proposé une solution diplomatique. Mais le trio Russie-Iran-régime syrien du président Bachar al-Assad a appliqué le contraire de sa déclaration."
Le dernier élan militaire de ces pays a sapé la résolution 2554 du Conseil de sécurité des Nations Unies (ONU), ainsi que les négociations de Genève prévoyant une trêve, le transfert d'aide humanitaire et la libération des détenus, d'après Ibrahim Kalin.
"Maintenant, la participation ou non du Haut Comité de négociation qui représente l'opposition syrienne, dépend de la mise en oeuvre de la résolution 2554, a-t-il estimé. L'opposition syrienne dirigée par Riyad Hijab a fortement raison d'être suspicieuse à l'égard du report des entretiens au 25 février. L'ONU ne peut même pas remplir les conditions qu'elle a annoncées pour entamer les entretiens. La diplomatie joue un rôle important mais pour être franc, le Krémlin déploie en Syrie ses avions de combat d'une part, et de l'autre envoie son ministre des Affaires étrangères à travers le monde entier pour donner l'image qu'il participe aux négociations politiques."
Le porte-parole a noté que la diplomatie russe sert à déguiser les actes militaires de la Russie en Syrie: "En visant les civils, la Russie cherche à provoquer un flux de réfugiés important et de punir ainsi l'Europe et la Turquie."
Kalin a expliqué que le président russe, Vladimir Poutine, remplit le vide stratégique créé par l'indécision de l'Occident.
"Alors que le régime syrien cible des douzaines de personnes chaque jour, la légitimité morale de la stratégie unilatérale contre Daech est remise en cause, a-t-il expliqué. Oui, la lutte contre Daech doit continuer et Daech doit être éliminé. Mais cela ne peut pas et ne doit pas être réalisé en permettant une victoire à al-Assad et à ceux qui le soutiennent. Des milliers de Syriens fuient non pas le terrorisme de Daech mais le terrorisme des forces du régime et les bombardements russes."
Kalin a rappelé que Laurent Fabius, ancien ministre français des Affaires étrangères qui vient de quitter son poste, avait critiqué la stratégie des Etats-Unis en Syrie, leur reprochant d'être "ambiguë".
"L'administration américaine, comme si elle confirmait les propos de Fabius, a totalement fourni son soutien militaire au Parti de l'Union démocratique (PYD, branche syrienne de l'organisation terroriste PKK) et à sa branche armée YPG, malgré le prix à payer d'offrir un atout à la Russie et au régime d'al-Assad, a-t-il affirmé. Le PYD et le YPG reçoivent des armes, des munitions, des renseignements et profitent d'une protection aérienne de la part des Etats-Unis, de la Russie et du régime. Ainsi, le PYD se montre comme le groupe le plus puissant contre Daech, ce qui est justement le prétexte des soutiens qu'il reçoit. Avec un tel soutien, n'importe quel groupe aurait pu être une puissance devant Daech. De plus, sous le prétexte de la lutte contre Daech, le PYD élargit sa sphère d'autonomie auto-proclamée dans le nord de la Syrie."
Le Secrétaire général adjoint a rappelé que le YPG s'est emparé de la base militaire de Mingh après avoir attaqué les groupes opposants, par un soutien aérien russe. Il a estimé que le but était de s'emparer des villages près de Afrin et d'élargir la zone contrôlée par le PYD.
"Alors que j'écris ces mots, le YPG attend aux portes de Azaz, point principal sur l'axe Alep-Turquie, a poursuivi Kalin. C'est ironique et vexant que l'Armée syrienne libre qui était partie au secours du PYD pour arracher la ville de Kobané aux mains de Daech, soit maintenant attaquée par le YPG."
Beaucoup de choses ont changé depuis 2015 et la Russie a de facto créé une zone d'exclusion aérienne en Syrie, mais l'idée de la mise en place d'une zone sécurisée peut toujours servir à la survie des Syriens et empêcher qu'ils ne soient visés par la Russie et les forces du régime, d'après Kalin.
Le porte-parole a terminé en estimant que la diplomatie est uniquement importante lorsqu'il y a un équilibre des pouvoirs juste sur le champ de bataille: "La diplomatie ne sera rien d'autre qu'une victime de la guerre si l'opposition syrienne n'est pas soutenue et si des zones sécurisées ne sont pas fixées pour les civils."