Serap Dogansoy
13 Juillet 2026•Mise à jour: 13 Juillet 2026
La Türkiye et la République turque de Chypre-Nord (RTCN) ont dénoncé ce lundi le manque de neutralité de l’Union européenne sur la question chypriote, après la nomination du vice-président de la Commission européenne comme envoyé spécial pour Chypre.
Le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères, Oncu Keceli, a qualifié cette nomination d’« affaire interne de l’Union européenne », tout en rappelant qu’Ankara considère que Bruxelles a perdu son impartialité en acceptant en 2004 l’adhésion de la partie chypriote grecque, malgré son rejet du plan global de règlement proposé par l’ONU.
Keceli a également accusé les institutions européennes de maintenir une approche « entièrement partisane » et a appelé le nouvel envoyé spécial à prendre en compte les « réalités de l’île ». Selon Ankara, un règlement ne peut être obtenu qu’au moyen de négociations entre deux États souverains et égaux.
La RTCN juge la nomination « provocatrice »
Le ministère des Affaires étrangères de la RTCN a de son côté qualifié la désignation d'un envoyé spécial de mesure « provocatrice », prise sans le consentement de la partie chypriote turque et en ignorant, selon lui, la volonté de la communauté chypriote turque.
Dans un communiqué, il a jugé cette nomination « illégale » et « inacceptable », accusant l’Union européenne d’agir de concert avec la partie chypriote grecque afin d’exercer une pression sur les Chypriotes turcs.
La RTCN a également appelé Bruxelles à lever les restrictions politiques, économiques et culturelles visant la communauté chypriote turque, estimant qu’une telle mesure serait nécessaire pour démontrer la volonté de l’Union européenne de contribuer au processus de règlement.
Chypre est depuis des décennies au cœur d’un différend opposant les Chypriotes grecs et les Chypriotes turcs, malgré plusieurs efforts diplomatiques menés par les Nations unies pour parvenir à un règlement global.
Des attaques intercommunautaires ayant débuté au début des années 1960 ont contraint les Chypriotes turcs à se regrouper dans des enclaves pour assurer leur sécurité.
En 1974, un coup d’État chypriote grec visant le rattachement de l’île à la Grèce a conduit à l’intervention militaire de la Türkiye, en sa qualité de puissance garante, afin de protéger les Chypriotes turcs des persécutions et des violences. La République turque de Chypre-Nord a ensuite été fondée en 1983.
Le processus de paix a connu plusieurs phases d’avancées et d’interruptions ces dernières années, notamment une initiative menée en 2017 en Suisse sous l’égide des puissances garantes, la Türkiye, la Grèce et le Royaume-Uni, qui s’est soldée par un échec.
L’administration chypriote grecque a rejoint l’Union européenne en 2004, la même année où les Chypriotes grecs ont rejeté à eux seuls un plan des Nations unies destiné à mettre fin au différend de longue date.