Serap Doğansoy
18 Septembre 2026•Mise à jour: 18 Septembre 2026
La justice française et la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) renforcent leur vigilance face aux lunettes connectées, dont l’utilisation pour filmer discrètement soulève des préoccupations croissantes en matière de harcèlement, de vie privée et de surveillance.
Le parquet de Paris a récemment ouvert au moins une enquête pénale après des plaintes portant sur une pratique diffusée sur les réseaux sociaux : filmer des femmes dans la rue sans leur accord avant de publier les images en ligne, selon des informations communiquées à Reuters.
La marque des lunettes concernées n’a pas été révélée. La section spécialisée dans la cybercriminalité du parquet a testé différents appareils début septembre afin d’identifier les infractions auxquelles leur utilisation pourrait donner lieu.
La CNIL a parallèlement enregistré moins de dix plaintes relatives à l’usage de lunettes connectées dans le cadre professionnel, sans préciser les fabricants visés. Des employeurs la sollicitent également pour déterminer s’ils peuvent en interdire le port sur le lieu de travail.
Pour l’autorité, cette technologie complique notamment l’information des personnes filmées et le recueil de leur consentement. Le simple voyant lumineux signalant le fonctionnement de la caméra ne signifie pas que la personne accepte l’enregistrement ou sa diffusion, souligne l’association e-Enfance.
Un marché dominé par Meta
Les modèles développés par Meta avec EssilorLuxottica représentent environ 76% du marché mondial. Équipées d’une caméra et de fonctionnalités fondées sur l’intelligence artificielle, ces lunettes se sont vendues à 7 millions d’exemplaires en 2025 et poursuivent leur forte progression en 2026.
Meta affirme avoir intégré des garanties de confidentialité dès la conception de ses produits et assure vouloir les renforcer à mesure que leurs fonctionnalités évolueront. EssilorLuxottica n’a pas commenté l’ouverture de l’enquête.
Les associations spécialisées dans les violences numériques estiment cependant que les femmes constituent les premières cibles des détournements de ces appareils. Le Centre Hubertine Auclert appelle les fabricants à prévenir davantage les abus, plutôt que de faire reposer la protection sur la vigilance des personnes susceptibles d’être filmées.
Un encadrement juridique difficile à appliquer
Dans l’Union européenne, les lunettes intégrant de l’intelligence artificielle relèvent notamment du règlement européen sur l’IA et du Règlement général sur la protection des données (RGPD).
En France, capter sans autorisation l’image d’une personne se trouvant dans un lieu privé est passible d’un an de prison et de 45.000 euros d’amende. L’application de ces dispositions peut toutefois se révéler complexe lorsque les images sont réalisées dans l’espace public et rapidement relayées sur internet.
Les inquiétudes dépassent la France. Certains cinémas britanniques ont interdit les lunettes connectées, tandis qu’une association de consommateurs allemande a déposé une plainte pénale contre Meta et plusieurs sociétés commercialisant ces appareils.
L’Australie envisage également de les bannir des lieux de travail gouvernementaux pour protéger les données sensibles et la sécurité de ses administrations.