Lassaad Ben Ahmed
09 Octobre 2018•Mise à jour: 10 Octobre 2018
AA / Tunis / Bouazza Ben Bouazza
L'Assemblée des représentants du peuple (ARP/parlement tunisien) a décidé, mardi, de créer une commission parlementaire pour enquêter sur les causes et les éventuelles défaillances à l'origine des inondations qui ont affecté, fin septembre dernier, la région de Nabeul (nord-est), ayant causé la mort de six personnes et des dégâts matériels considérables.
La proposition initiée par plus de 70 députés et soutenue par l'ensemble des blocs parlementaires, a été adoptée par 124 voix, 2 abstentions et 2 contre sur 139 députés présents.
Placée initialement en quatrième position dans l'ordre du jour de la séance plénière parlementaire, elle a été avancée en premier lieu, vu son caractère "prioritaire", et ce, à l'initiative de plusieurs députés.
Lors du débat, plusieurs orateurs ont suggéré de déclarer la région de Nabeul "zone sinistrée", pour que l'Etat prenne les mesures nécessaires, à même de remédier aux conséquences de ce qu'ils ont appelé "cette catastrophe".
Les pluies diluviennes, qui s'étaient abattues sur Nabeul et les villes avoisinantes de la région, les 22 et 23 septembre dernier, ont atteint un niveau exceptionnel enregistrant près de 300 millimètres en moins de 24 heures.
Le spectacle du déluge tel qu'illustré par les vidéos ayant circulé sur la toile était impressionnant.
Des eaux boueuses et ravageuses qui déferlaient à travers les rues, des maisons envahies par des coulées de boue, des voitures emportées, des champs dévastés, etc.
Selon le député Nadhir Ben Ammou du mouvement Ennahdha, d'obédience islamique, (premier groupe parlementaire avec 69 députés) quelque 1600 hectares de terres agricoles ont été ravagés, des commerces et des usines affectés.
Sa collègue Meherzia Laabidi, du même bloc parlementaire, a déploré les graves dégâts occasionnés, en particulier, aux quartiers populaires.
"Les gens s'interrogent encore sur les causes : est-ce en raison du manque d'entretien des cours d'eau ou du timing de l'évacuation des eaux des barrages dont le niveau était surélevé?", a-t-elle relayé.
La député d'Ennahdha a mis l'accent sur la nécessité de délimiter les responsabilités dans cette catastrophe et d'évaluer les capacités de prévention à l'avenir.
Pour Mustapha Ben Ahmed, président du bloc de la Coalition nationale (deuxième groupe parlementaire avec 47 députés), la commission devra se pencher sur les défaillances enregistrées dans la gestion de la situation, et ce, dans le but de soutenir les efforts de l'Etat pour y remédier.
Le député du Front populaire (gauche, 15 députés), Fethi Chamkhi, a fait état de "fortes suspicions quant aux défaillances constatées", s'agissant notamment de l'absence de prévention et de préparation face à de telles catastrophes naturelles et du manque d'équipements pour protéger la population.
"Si des parties ont failli à leurs responsabilités, elles doivent rendre des comptes. On ne doit pas se taire sur ce qui s'est passé", a-t-il martelé.
Khemaïs Ksila (du parti Al Wala Lil Watan/ Fidélité à la patrie) a suggéré de prendre dorénavant en compte dans la politique générale de l'Etat les problèmes inhérents aux changements climatiques.
Plusieurs députés ont insisté pour que la commission créée aboutisse à des résultats "sérieux" et palpables et ne soit pas une promesse sans lendemain (Hsouna Nasfi de Machrou' Tounes et Lamia Gharbi de Nida Tounes) pour qu'elle ne connaisse pas le sort de celles qui l'ont précédé.
Ils ont également souligné l'urgence de prendre les mesures adéquates pour dédommager les sinistrés, qu'il s'agisse de citoyens ordinaires dont les maisons et les biens ont été fortement endommagés, des agriculteurs ou des commerçants et propriétaires d'usines pour accélérer la normalisation de la situation et la reprise des activités économiques dans la région.
Fayçal Tebbini, président du parti "la voix des agriculteurs", a, quant à lui, préconisé de rééchelonner les dettes des agriculteurs, sachant que la région de Nabeul assure à elle seule, 15% de la production agricole du pays.
Après l'adoption de cette proposition, le président de l'ARP, Mohamed Ennaceur a recommandé de mettre sur pied instantanément la commission d'enquête parlementaire pour qu'elle entame ses travaux "dans les meilleurs délais".