1 23
06 Mars 2022•Mise à jour: 06 Mars 2022
AA / Tunis / Yemna Selmi
Des organisations et des personnalités tunisiennes ont demandé, dimanche, la libération immédiate de l'ancien bâtonnier Abderrazek Kilani, considérant que le jugement de civils par la justice militaire est un « retour du despotisme ».
C'est ce qui ressort d'une déclaration cosignée par 16 organisations, associations et plusieurs personnalités tunisiennes, mise en ligne sur le site électronique du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT).
Parmi les signataires de la déclaration figurent « l'Association tunisienne de défense des libertés individuelles », la « Ligue tunisienne des droits de l'homme » (LTDH), « l'Organisation tunisienne de lutte contre la torture » et « l'Association pour la promotion du droit à la différence ».
Les signataires font part de leur « solidarité » avec Kilani après son arrestation, le 2 mars courant, par le juge d'instruction militaire, en se fondant sur des « accusations équivoques ».
Ils ont appelé à la « libération immédiate » de Kilani et à « s'abstenir d'utiliser la justice militaire pour juger les civils et liquider les opposants et les adversaires politiques ».
Les signataires ont appelé, aussi, à « cesser de bafouer les libertés publiques et à mettre un terme à toute tentative de faire taire toute voix critique du pouvoir recrudescent du président (Kaïs Saïed) et de ses soutiens ».
Ils ont, par ailleurs, appelé les partis démocratiques « à se dresser et à s’unir contre le danger despotique qui s’étend crescendo pour porter atteinte, non pas seulement aux acquis démocratiques engrangés par notre peuple, mais aussi à l’ensemble des organisations et partis politiques et au pouvoir judiciaire, dans une tentative d'instaurer un régime autocrate pour renvoyer la Tunisie à l'ère du despotisme et du pouvoir personnel ».
Un tribunal militaire tunisien avait décidé, mercredi, d’interpeller Abderrazek Kilani, accusé d'avoir troublé « l'ordre public » et d'avoir commis « une infraction à l'exécution d'une loi ».
Il fait aussi l'objet d'autres accusations dont: « l'outrage à un fonctionnaire public par voie de paroles et menaces dans l'exercice de ses fonctions, la tentative de provoquer, - au moyen de troubles et de manœuvres frauduleuses -, une cessation individuelle ou collective de travail et d'incitation des forces de sécurité à la rébellion ».
Les autorités tunisiennes n'ont pas commenté la publication de cette déclaration. Généralement, elles démentent de pareilles accusations, réaffirmant leur engagement à « préserver les droits et libertés ».
La Tunisie souffre, depuis le 25 juillet dernier, d'une crise politique, lorsque Kaïs Saïed avait décidé d’une série de mesures d'exception, s'agissant entre autres du gel des activités du Parlement, de la légifération par voie de décrets présidentiels et du limogeage du Chef du gouvernement.
La majorité des forces politiques et civiles en Tunisie rejette ces mesures qu’elle considère comme étant un « coup d’Etat contre la constitution », tandis que d'autres forces les soutiennent, estimant qu'il s'agit d'une « restauration du processus de la Révolution de 2011 », qui avait fait chuter l'ancien président Zine El Abidine Ben Ali.
*Traduit de l’arabe par Hatem Kattou