AA/ Tunis
« La classe politique tunisienne est complètement absente face à la montée dangereuse du mouvement social, qui menace de conduire le pays vers l’implosion sociale, durant les mois à venir », a mis en garde le Président du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) (non gouvernementale), Abderrahmane Hedhili.
Hedhili s’exprimait lors d’une conférence de presse tenue mercredi au siège du FTDES à Tunis, consacrée à la présentation d’un état des lieux de la situation sociale et économique qui prévaut en Tunisie.
« L’irresponsabilité politique va mener la Tunisie à l’explosion sociale. Les préoccupations du président de la République, du président de l’Assemblée des représentants du Peuple et du chef du gouvernement, sont totalement à l’opposé des questions sociales concrètes et brûlantes qui intéressent les Tunisiens », a-t-il estimé.
« Il existe une totale indifférence de la part du gouvernement vis-à-vis du mouvement social, notamment par rapport aux revendications des chômeurs, des sit-inneurs, lesquels, ont entravé et perturbé les activités économiques et de production, pour attirer l’attention du gouvernement sur leurs conditions sociales précaires », a déploré le président du FTDES.
La même source a fait observer que l’ampleur de la rupture entre l’élite et la société, et l'incapacité des institutions à représenter les revendications des Tunisiens et à les impliquer dans des programmes urgents de sauvetage et de réforme, a obligé le Forum à exprimer ses préoccupations et à dénoncer l'absence de responsabilité politique.
Et le responsable d’ajouter que « cette rupture avait conduit à l’exacerbation de la vague de protestations, qui est revenue en force ces derniers mois ».
Sur un autre volet, le professeur d'économie et président fondateur du FTDES, Abdeljelil Bedoui, a fait savoir lors de cette même conférence de presse, que près de 4,1 milliards de dollars ont été transférés de manière illégale vers l’étranger depuis 2015, soit 11,4 milliards de dinars.
Les transferts illégaux de fonds vers l’étranger étaient d’une valeur de 1,6 milliard de dollars (4,4 milliards de dinars), avant la révolution de 2011.
Bedoui estime que ses fonds en devises, transférés illégalement vers l’étranger, auraient suffi à financer le développement dans le pays et à satisfaire ainsi les revendications légitimes du peuple en termes d’emplois.
Il a fustigé le modèle actuel de développement, qui selon lui a montré ses limites depuis une décennie.
« Le modèle actuel de développement a été à l’origine de l'échec de la reprise économique depuis 2011, comme en témoigne les taux relativement faibles de croissance enregistrés depuis une dizaine d’années », a-t-il expliqué
« Ce modèle de développement, est en totale contradiction avec les acquis constitutionnels garantis par la Constitution de 2014, lesquels, se sont heurtés à la déliquescence dudit modèle », a-t-il ajouté.
Il a dans ce sens, soutenu que la mise en œuvre de ces acquis, requiert premièrement un seuil minimum de solidarité, deuxièmement, un rôle plus actif de l’Etat qui doit assumer la concrétisation des droits, et troisièmement une meilleure redistribution des richesses et des revenus pour consacrer les droits économiques et sociaux.
Il s’agit d’accorder à la question sociale avec ses diverses composantes (santé, éduction, enseignement) la place qu’elle mérite, a-t-il justifié.
Le président fondateur du FTDES, a mis en garde contre le risque d’une décomposition de l’Etat qui entrainerait à son tour une désintégration de la société à défaut de respecter les droits économiques et sociaux, soulignant que les indicateurs actuels laissent entrevoir un scénario catastrophique pour la Tunisie.
Le responsable au sein de l’ONG a en outre, fait remarquer que la période de transition démocratique aurait dû servir à instaurer un État de droit et des institutions, « mais la réalité des indicateurs actuels et la détérioration de la situation politique, favoriseront l’émergence d’un Etat de contrebandiers et de structures parallèles -en allusion au phénomène des coordinations, qui selon lui, ont pris autant d’ampleur dans le pays, qu’ils vont finir par supplanter les partis et les organisations nationales ».
Le Forum avait exhorté dans une déclaration, les trois présidences en Tunisie, à convenir d’une invitation conjointe dans les plus brefs délais pour organiser une conférence nationale de dialogue, qui traitera de toutes les questions urgentes, des problèmes du moment et des plans concrets pour leur mise en œuvre.
Il a souligné dans ce sens la nécessité pour ce dialogue de garantir la représentativité de la de la société civile avec sa diversité et des acteurs locaux et de ne pas se limiter aux organisations traditionnelles reconnues.
Le FTDES a également appelé à des négociations avec les partenaires européens et les bailleurs de fonds sur les dossiers de la dette.
*Traduit de l’arabe par Majdi Ismail