AA/ Tunis/ Mohamed Abdellaoui
Hamadi Jebali, ancien chef du gouvernement de la Troïka et ex-secrétaire général du parti islamiste tunisien Ennahdha, s’annonce déterminé à « tout faire » pour «rééquilibrer le paysage politique» de son pays. Sa récente démission du Mouvement où il a tant milité- associée par certains observateurs à un tremblement de terre au sein de son ex-parti peu avant le second tour des présidentielles- vise le sauvetage d’une démocratie encore fragile, fait-il observer.
Préserver une démocratie naissante passe, selon lui, par le partage des pouvoirs. Dans un entretien avec Anadolu, il a filtré les « écumes » des derniers jours, provoquées par l’annonce de sa démission.
Plaidant pour un réel partage des pouvoirs loin de toute forme d'hégémonie, il semble être sur le point d’entamer sa propre marche. D’ailleurs, à la question de savoir s’il sera sous peu candidat à une prochaine élection présidentielle ou encore leader d’un nouveau parti politique, il a rétorqué que « tout est possible et qu’il n’hésitera point à tout faire pour asseoir un paysage politique équilibré ». Dans ce sens, il a déclaré: «Rééquilibrer le paysage politique est ma finalité suprême.» Il s’est, au demeurant, interrogé sur la destinée de tous les mécontents parmi les adhérentes et sympathisants d'Ennahdha : «Où iront-ils? Tout comme c’est le cas pour leur parti, ll est de mon propre droit de les récupérer.»
Loin d’être motivé par des calculs personnels, M.Jebali assure avoir décidé de démissionner indépendamment de la position du Mouvement qui a requis la neutralité par rapport au deuxième tour des élections présidentielles qui opposera dimanche prochain (21 novembre 2014) Mohamed Moncef Marzouki (président sortant) et Béji Caïd Essebsi (président de Nidaa Tounes, ayant remporté les législatives du 23 octobre). Il éloigne également tout lien avec la bataille de Carthage : « Dans une lettre adressée à la direction du parti, j’ai déjà fait part de mon désintérêt », argumente-t-il.
Deux motivations principales se trouvent néanmoins à l’origine de sa décision. La première est d’ordre national : « jeter les fondements d’un paysage politique équilibré où il y a le pouvoir et le vrai contre-pouvoir, afin de bâtir un Etat démocratique, où liberté responsable et développement vont de pair. », indique-t-il. Dans ce sens, il ajoute que la monopolisation des pouvoirs par un seul parti (en allusion à Nidaa Tounes en cas de victoire de son président à la présidentielle, ndlr) est « un signe avant coureur d'un retour acécléré à l’époque du parti et de l’opinion uniques ». Donc, «à la dictature, à la mise à sac de la liberté d'expression, à la désinforamation et au non-développement, en l'absence de garde-fous capables de réguler la scène.»
« Si Ennahdha avait gagné les législatives et présenté un candidat à la présidentielle, j’aurais tout de même appelé les électeurs à voter pour une autre formation politique, motivé par la même finalité : l’équilibre de la scène politique et la préservation de la démocratie.»,a-t-il insisté.
Sa deuxième motivation se rapporte, elle, directement à l’actualité de son ex-parti : « le Mouvement- ce grand parti naguère aux commandes de l’Etat- n’est plus en mesure de réguler la scène politique, en constituant un vrai contre-pouvoir. C’est qu’il est désormais méconnaissable si l’on parle identité politique. Il n’est ni dans le gouvernement ni dans l’opposition. Puis, il faut dire que l’exercice politique du parti n’a pas connu une amélioration tangible.»
Dans la même optique, l’ancien chef du gouvernement de la Troïka (décembre 2011-mars 2013), reproche à son ancien parti la perte d’une large base électorale qui n’avait pas de candidat lors des présidentielles du 26 novembre.
Hamadi Jebali se montre, de surcroît, fort conscient du nombre grandissant des mécontents parmi les adhérents et sympathisants d’Ennahdha, en raison des changements ayant trait à sa trajectoire et ses choix politiques.
Rebondissant sur certaines analyses disant que sa démission affaiblira le Mouvement Ennahdha particulièrement et l’opposition généralement, il a laissé entendre que le premier est "déjà affaibli" et que l’opposition a entamé une "fausse marche", dès lors que certaines de ses figures ont choisi de soutenir Béji Caïd Essebsi avec qui ils n'auraient aucun point commun sur les plans politique et idéologique.