AA/ Tunis/ MA
Alors que la chercheuse égyptienne Amira Abdelhalim assimile les agissements militaires récents de la Seleka dans le nord centrafricain à un "dernier recours pour récupérer les droits perdus de la communauté musulmane", le géopoliticien camerounaisة Eric Owona Nguini, fait allusion à "un scénario à la soudanaise".
Commentant les récentes actions militaires des Seleka (groupes politico-militaires, de confession musulmane) dans le nord de la RCA, la géopoliticienne Amira Abdelhalim a indiqué à Anadolu que ces acteurs politiques relevant de la communauté musulmane esssiaent aujourd'hui de récupérer "par la force des droits et une dignité perdus".
C'est qu'ils se sont attendus, selon elle, à une évolution significative de leur condition avec l’élection de la présidente Catherine Samba Panza. Cet espoir aurait été également nourri, a-t-elle soutenu, par le déploiement des forces internationales de maintien de la paix Sangaris (opération militaire française) et Misca (Mission internationale de soutien à la paix en Centrafrique, sous conduite centrafricaine). Or, sur le terrain la réalité était « tout autre » et leur espoir a « volé en éclats », a nuancé la spécialiste des relations internationales, évoluant au Centre Al-Ahram des études géopolitiques au Caire.
Dans ce sens, elle a affirmé que les forces internationales déployées en RCA s’étaient concentrées à Bangui. Alors que des atrocités et des tueries meublaient le quotidien de la population, surtout les musulmans, dans les régions de l’intérieur. « Ce qui a poussé le Conseil de sécurité de l’ONU à engager 12000 casques bleus supplémentaires, dont le déploiement effectif est prévu pour septembre prochain. Une date dérisoire, a-t-elle enchaîné, compte tenu de "l’actualité brûlante du pays".
Elle a, dans la même optique, évoqué le trébuchement de l’appariel judiciaire centrafricain qui "peine encore à rendre justice à des milliers de musulmans opprimés par les Anti-Balaka" (milices de confession chrétienne).
Rattachant les agissements militaires des Seleka à l’environnement politique, historique et culturel africain, la chercheuse a rappelé que les mouvements aspirant à faire entendre leur voix sur l’échiquier politique recouraient souvent au terrain. « Tel est le cas des Seleka qui viennent de récupérer leur force de frappe après une certaine trêve, étant cantonnés dans le nord et grâce à un éventuel appui de la part de certains voisins », a-t-elle estimé.
Livrant une tout autre approche de la question , Eric Owona Nguini, géopoliticien camerounais et enseignant de sciences politiques à l'université de Yaoundé, a indiqué à Anadolu que l’occupation militaire par les Seleka de Bossangoa (dans le nord de la RCA) et de la frontière centrafricano-camerounaise et leur menace d’occuper Bangui "feraient penser au Soudan du 9 juillet 2011" (date de la partition du pays entre Soudanais du Sud et ceux du Nord : ndlr).
L’expert des relations internationales camerounais a, de ce fait, observé que les derniers agissements de certaines troupes Seleka pourraient susciter des réactions violentes de la part des anti-Blalaka. Ce qui générera une persistance des tensions et conduira le pays vers « un point de non-retour, donc à une perte à tous les niveaux, au moment où la condition de la population s’endurcit de plus en plus ».
Rattachant ces actions militaires à l’actualité sécuritaire du pays, il a affirmé qu’elles provoqueraient l’effritement des dispositifs de la Sangaris (opération militaire française) et de la Misca (mission internationale de soutien à la paix en Centrafrique, sous conduite africaine) et qu'elles fragiliseront les chances d’un prochain rétablissement de la paix.
S’attardant sur les exigences des Seleka, appelant ou à un partage réel du pouvoir ou à la partition du pays, M. Nguini a rétorqué que la première revendication serait légitime, dans la mesure où elle permettrait une participation de tous les acteurs à la vie publique. Tandisque que la deuxième revendication aura, en cas de concrétisation, des effets catastrophiques semblables à ceux vécus par le Soudan après la partition.
Une colonne des troupes dirigée par "le colonel Oumar" avait frappé dimanche soir la ville de Damara (75 km de Bangui), avant de se diriger vers la ville de Bossangoa (ville natale du président déchu, François Bozizé et fief des anti-Balaka, située dans la préfecture d'Ouham, à 266 km de Bangui), pour joindre d'autres troupes, en route vers Bossangoa, a indiqué à Anadolu une source militaire digen de foi, sous couvert de l'anonymat.
Elargissant le champ d'investigation de l'action militaire des Seleka, l’officier Seleka chargé de la zone nord, Alhafiz Ali, avait, de son côté, affirmé la même journée qu’il était en route pour la frontière centrafricano-camerounaise. Conduisant plus de 200 éléments, il s’est dit «déterminé à aller jusqu’au bout de ses objectifs, et que rien ne peut l’en empêcher, y compris les troupes françaises ». Alors que Général Alkhatim" (Seleka) avait déclaré en avançant avec ses troupes vers Bossangoa : " Nous marcherons sous peu sur Bangui, en l'absence de tout compromis avec le pouvoir central".