AA/ Tunis/ Saïda Charfeddine
Observateurs et correspondants ont relevé durant cette journée de scrutin législatif en Tunisie une faible présence, si non «une quasi-absence» des jeunes dans les centres de vote.
Expliquée jusqu’à la mi-journée par l’inclinaison des jeunes à faire la grasse matinée surtout le dimanche, la tendance d’une faible affluence des jeunes vers les bureaux de vote ne s’est pas démentie alors qu’ils représentent selon l’Instance supérieure indépendante pour les Elections (ISIE) 60% de l’ensemble des électeurs inscrits pour ce scrutin.
S’il est encore tôt pour avancer des chiffres sur la participation des jeunes aux législatives tunisiennes de ce 26 octobre, on peut rapporter les très nombreux témoignages des correspondants de Anadolu présents dans toutes les circonscriptions électorales du pays, ainsi que ceux des différentes ONG et institutions présentes sur les lieux de vote.
A l’ouverture des bureaux de vote, la correspondante de Anadolu à Mellassine, quartier populaire de Tunis a relevé que les jeunes étaient très peu présents jusqu’à 12 :00 (locale), alors que les cafés des environs étaient bondés de jeunes gens. De même qu’aux centres de la Cité al-Hilal (sud de la capitale) où la moyenne d’âge était à l’ouverture de plus de 60 ans.
A la cité Ettadhamoun, la plus populaire et la plus peuplée de la périphérie de Tunis, la participation des jeunes aux premières heures du scrutin était très réduite, a constaté la correspondante de Anadolu.
Le même constat a été fait à Ben Arous, grande agglomération au sud de la capitale et ailleurs encore dans les provinces de Kebili (sud-ouest) , Medenine et Tataouine (sud-est) , Kairouan (centre), et à Sidi Bouzid, étincelle du départ de la révolution du 14 janvier 2011 qui a fait chuter le régime de l’ex-président Ben Ali.
Tout au long de la journée électorale, certains internautes affirmaient sur les réseaux sociaux que les jeunes seront plus nombreux peu avant la fermeture des bureaux. L’organisation "Search For Common Ground", installée en Tunisie depuis 2011, et le média "Tunivision", ont même tenté de motiver les jeunes en publiant des spots de la société civile sur leurs comptes twitter. Cela ne semblent pas avoir donner les résultats escomptés.
Où sont passés les jeunes tunisiens en ce dimanche électoral ? La majorité légale étant de 18 ans, ils représentent pourtant un potentiel considérable dans cet enjeu électoral puisque les 15-29 ans représentent selon les statistiques officielles de 2012 presque 29% de la population.
Si cette tendance de désaffection électorale de la jeunesse est confirmée, les politiques tunisiens auraient au lendemain de ce scrutin à faire le point sur cette question nationale de premier ordre.
Car entre tiraillements politiques, tirs d'essai démocratiques (trois gouvernements en trois ans) et problèmes sécuritaires, rien n'a été fait ou presque pour cette population jeune et débordante d'envies et d'énergie. Les partis et mouvements politiques ont oublié d'inclure la jeunesse dans leurs rangs voire dans leurs programmes. Seuls échapperont à cet amer constat les formations politiques qui ont su très rapidement encadrer au moins leur base jeune.
Les problèmes des jeunes ne sont pourtant ni nouveaux ni inconnus. Le plus important est le taux de chômage galopant, atteignant jusqu’à 25 voire 30% dans la tranche d’âge des 20-29 ans et frappant de plus en plus les diplômés du supérieur ; donc précarité et sentiment d’exclusion, notamment dans les régions de l’intérieur du pays.
Si on ajoute à cela l’absence de structures et de moyens pour une vie culturelle et de loisirs épanouissante et accessible, on comprendrait aisément les chiffres effrayants de l'immigration clandestine qu’à connue la Tunisie durant ces trois dernières années après l’enthousiasme et l’état de grâce d’un certain janvier 2014.
Les Tunisiens et le monde entier ont même été profondément choqués d’apprendre il y a quelques mois, que le plus grand nombre de jeunes partis combattre dans les rangs des groupes armés en Syrie et ailleurs, était... celui des Tunisiens.
Pourtant en ce janvier 2014 , les jeunes tunisiens se croyaient le moteur et la locomotive d’une révolution, ils ont occupé un temps l’espace public et même politique. Aujourd’hui ils s’aperçoivent peut-être que cette révolution leur a été confisquée. Ils étaient très nombreux ces dernières années à dénoncer leur exclusion politique et le manque de rajeunissement des classes dirigeantes et surtout leur sous-représentation sur les listes électorales.