AA / Istanbul / Seda Sevencan
Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a dénoncé les agissements du gouvernement israélien à Jérusalem, les qualifiant d' "inacceptables", mettant en garde contre la "judaïsation complète" de la ville.
"Les stratagèmes utilisés ici, qui visent à judaïser complètement Jérusalem, à la dépouiller de son identité internationale, ainsi que de ses identités musulmane et chrétienne, en imposant une approche mono confessionnelle, sont, bien sûr, inacceptables", a déclaré Fidan lors d'une interview accordée à la chaîne de télévision palestinienne.
S'agissant des efforts de la Türkiye pour protéger l'identité de Jérusalem, Fidan a souligné que Jérusalem est un symbole important de la cause palestinienne.
Il a ajouté qu'Israël continuait à mener toutes sortes d'actions provocatrices à Jérusalem avec le soutien dont il bénéficiait.
Selon Fidan, Jérusalem pourrait être une ville de paix et d'unité, représentant les religions monothéistes du monde, mais Israël s'obstine à effacer tous les symboles musulmans et chrétiens et à imposer son emprise sur la ville.
Cette situation ne peut plus durer, a-t-il averti. « Il faudra bien que ce cycle d'oppression se brise à un moment ou à un autre ».
** Le déplacement des Palestiniens est inacceptable
Interrogé sur les propos controversés du président américain Donald Trump suggérant le déplacement des Palestiniens de la Bande de Gaza, Fidan a rejeté l'idée, déclarant : « Le déplacement des Palestiniens est inacceptable ».
Il a qualifié ces propositions de méconnaissance de l'Histoire et a souligné le consensus international en faveur d'une solution à deux États basée sur les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale d'un État palestinien.
Le ministre des affaires étrangères a déclaré que les mondes islamique et arabe, la Türkiye et la majorité de la communauté internationale soutiennent une solution à deux États, comme en témoigne le récent vote de l'ONU.
"Il n'y a pas d'autre projet politique dans le monde qui bénéficie d'un plus large soutien que ce point de vue. Il est toutefois tragique qu'une solution à deux États, qui bénéficie d'une telle acceptation générale, ne puisse pas être mise en œuvre dans la pratique", a-t-il déclaré.
En ce qui concerne l'avenir du cessez-le-feu dans la Bande de Gaza, Fidan a déclaré que les opérations militaires du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu pourraient reprendre. Il a cependant exprimé l'espoir que cela ne se produise pas.
"Après la libération des otages, il n'y a rien d'autre qui puisse le retenir (Netanyahu). La seule chose qui pourrait le retenir, c'est une approche pragmatique de la part de la communauté internationale, c'est-à-dire une approche qui isole complètement Israël".
** La crédibilité des États-Unis mise à mal sur la scène internationale
Notant que l'Égypte, le Qatar et les États-Unis sont les garants de l'accord de cessez-le-feu dans la Bande de Gaza, le ministre a souligné que Washington devait faire pression sur Israël pour qu'il respecte les termes de l'accord.
Concernant la possibilité que ces pressions ne soient pas exercées, Fidan a déclaré : "Si Netanyahu relance la guerre avec le soutien des Etats-Unis, la crédibilité de ces derniers, déjà mise à mal, s'effondrera encore plus, et cette distorsion du système international prolongera la crise".
Revenant sur les déclarations de Netanyahu concernant son intention de se rendre aux États-Unis pour "redessiner la carte du Moyen-Orient" avec Trump, Fidan a souligné que les habitants de la région ont déjà connu de nombreux projets de ce genre, menés par des "personnalités problématiques", mais que ces initiatives finissaient toujours dans les "poubelles de l'Histoire".
** La loi de la jungle continue de prévaloir
À la question de savoir pourquoi la communauté internationale n'a pas réussi à arrêter Israël pendant un an et demi, Fidan a répondu qu'Israël bénéficiait d'un soutien inébranlable de la part des États-Unis et de l'Occident.
Le ministre turc des affaires étrangères a déclaré que ceux qui ont le plus de pouvoir, qu'ils aient tort ou raison, conduisent souvent à des effusions de sang.
"C'est ce que nous appelons la loi de la jungle", a-t-il déclaré, ajoutant : "Bien que l'humanité ait évolué au cours de milliers d'années sur le plan moral, juridique et systémique, vers quelque chose de meilleur, on constate qu'en fin de compte, c'est toujours la loi de la jungle qui prévaut".
** Discours du président palestinien devant le Parlement turc
Fidan a également évoqué la visite du président palestinien Mahmoud Abbas en Türkiye, en août 2024 et son discours devant le parlement turc, qualifié de moment historique.
Rappelant qu'il était présent au parlement lors du discours d'Abbas, Fidan a précisé que celui-ci avait été accueilli par une standing ovation de la part de tous les députés, soulignant ainsi le fort soutien apporté au président palestinien.
"Alors que mon pays est divisé sur de nombreuses questions, je pense que c'était un moment historique de faire corps avec la question palestinienne et de le montrer à M. Abbas par l'intermédiaire du parlement turc. C'était un symbole important. Cette flamme ne s'éteindra pas... ce soutien ne s'arrêtera pas", a déclaré le chef de la diplomatie turque.
Soulignant que le soutien de la Türkiye à l'autorité palestinienne demeurait ininterrompu, Fidan a réaffirmé que tous les efforts possibles continueraient d'être déployés à l'avenir pour venir en aide au peuple palestinien.
** Sans solution durable, une guerre de plus grande ampleur est inévitable
Fidan a averti que l'absence de solution durable au conflit conduirait à des guerres de plus grande ampleur, soulignant la nécessité d'une solution fondée sur la coexistence de deux États et d'un cessez-le-feu.
Il a rappelé que les efforts de médiation et de négociation se poursuivent depuis le premier jour de la guerre.
"Nous avons agi en tant que médiateur pour un cessez-le-feu, afin de mettre immédiatement un terme à ce conflit, de garantir un cessez-le-feu et de mettre fin aux pertes humaines".
Il a toutefois prévenu que si une solution durable n'était pas trouvée, nous serions constamment confrontés à une aggravation du conflit.
"C'est pourquoi, dès le début de cette guerre, nous avons associé la solution à deux États au cessez-le-feu afin d'éviter une nouvelle guerre de ce type", a-t-il déclaré, soulignant que "nous devons trouver une solution politique à ce problème".
Appelant à la nécessité de trouver une solution politique, il a souligné qu'il était essentiel pour les Israéliens et les Palestiniens de vivre en paix et pour la région d'éviter de nouvelles provocations.
"Mais si vous êtes l'architecte d'un projet qui ne cherche pas seulement à prendre des terres aux Palestiniens, mais aussi à l'Égypte, à la Jordanie, à la Syrie et au Liban - un projet qui vise à étendre Israël en termes de territoire - il est évident que vous ne voudrez pas d'une solution à deux États, mais que vous la bloquerez. Comme vous l'avez fait à Oslo depuis 1993, vous attendriez le bon moment. Et à chaque moment propice, vous vous empareriez de davantage de terres".
Fidan a averti que si Israël poursuivait son expansion sans œuvrer à la paix, il risquait à long terme de régresser et de perdre ses propres terres.
Le peuple palestinien doit garder espoir, a déclaré le ministre turc, ajoutant : « Avec le soutien du monde entier, non seulement des Arabes et des musulmans, mais aussi de tous les opprimés, tous les pays rationnels et dotés de conscience sont aux côtés du peuple palestinien ».
Soulignant la nécessité de s'opposer à l'oppression, le chef de la diplomatie turque a déclaré que les peuples du monde entier s'opposaient à cette injustice, tant en paroles qu'en actes.
Il a également souligné l'unité du monde sur la question palestinienne, affirmant qu'une telle oppression ne pouvait plus durer.
*Traduit de l’Anglais par Mourad Belhaj
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