AA/New York (Etats-Unis) / Ovunc Kutlu et Mustafa Keles
Avant son départ pour Istanbul où se tient le Sommet mondial humanitaire, le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon a accordé une interview exclusive à l’Agence Anadolu (AA) pour discuter de sujets allant de réfugiés syriens aux pourparlers chypriotes pour une réunification.
Ban Ki-moon a souligné que la Turquie devrait recevoir plus d’aide dans son accueil de centaines de milliers de réfugiés Syriens fuyant la guerre.
«La Turquie et d’autres pays accueillant des réfugiés syriens […] ont assumé une énorme partie de responsabilité […] et méritent plus d’aide de la part de la communauté internationale», a estimé Ban.
«Aujourd’hui, il y a au moins 130 millions de personnes qui ont besoin d’une assistance humanitaire quotidienne, dont 60 millions de réfugiés et de personnes déplacées», a-t-il indiqué.
«La Turquie, qui a été très généreuse d’accueillir plus de 3 millions de réfugiés syriens, a l’expérience, la connaissance et les traditions nécessairess pour répondre à un crise humanitaire», a affirmé le haut responsable onusien.
«Les tentatives pour diaboliser les réfugiés ne sont pas qu’offensantes, elles sont incorrectes dans les faits. J’ai appelé les dirigeants [du monde] à contrer la xénophobie et la propagande basée sur la peur par des propos rassurants», a-t-il soutenu.
L’Union européenne (UE) et la Turquie ont conclu, en mars dernier, un accord stipulant que les réfugiés atteignant l’Europe devront être renvoyés en Turquie. Ankara bénéficiera pour sa part d’aides financières supplémentaires pour l’aider à faire face à la crise et du lancement d’un processus visant à l’accession de la Turquie à un statut de membre de l’Union européenne.
«J’espère que cet accord sera fidèlement appliqué. Plus important encore, il devrait y avoir une solution politique à travers le dialogue», a plaidé Ban.
La crise des réfugiés est alimenté par le conflit de cinq ans en Syrie qui a éclaté après le Printemps arabe. Plus d’un quart de millions personnes ont été tuées dans les violences et 10 millions d’autres ont été déplacées en Syrie.
Ban Ki-moon a condamné ces violences et les violations des droits de l’Homme en Syrie, et bien qu’une résolution du conflit semble pour le moment hors de portée, il demeure optimiste qu’une réponse diplomatique puisse encore être trouvée par le biais de pourparlers sous l’égide des Nations Unies.
«J’appelle les parties en conflit en Syrie à immédiatement renouveler leur engagement à respecter la cessation des hostilités. Au lieu de bombarder des zones civiles, toutes les parties syriennes doivent centrer à nouveau leur attention sur le processus politique» a-t-il estimé
Après que les puissances mondiales ont échoué, cette semaine, à s’accorder sur une date pour relancer les pourparlers de paix intersyriens bloqués, Ban a souligné que les Nations Unies ne cessent de plaider auprès de toutes les parties en conflit qu’il n’y a pas de solution militaire au conflit et qu’une «solution négociée» doit être trouvée.
Depuis son accession à la fonction de Secrétaire Général de l’ONU, Ban Ki-moon n’a eu de cesse mettre ses efforts pour faire cesser de nombreux conflits à travers le globe.
Le conflit israélo-palestinien, non loin de la Syrie, s’avère peut-être le plus complexe.
S’exprimant à Anadolu, Ban Ki-moon a remis en cause l’engagement du gouvernement israélien à la paix au vu de ses continuels empiètements «illégaux» sur les territoires appartenant au futur Etat palestinien, qui affirme-t-il, non seulement, violent le droit international mais sabotent également une solution à deux Etats.
«Les démolitions et les constructions de colonies soulèvent des questions sur le but ultime d’Israël ; est-il en fait de chasser les Palestiniens hors de certaines parties de la Cisjordanie, et par la même de saboter toute perspective de transition vers un Etat palestinien viable»?, s’est-il interrogé.
Ban a exhorté les deux parties à relancer les négociations bloquées.
A propos de Chypre, le secrétaire général de l’ONU juge encourageantes les négociations en cours d’autant plus que les parties ont exprimé leur engagement à intensifier les efforts avec pour but d’atteindre un accord complet au courant de l'année 2016.
La République turque de Chypre-Nord (RTCN) a été fondée en 1983, après que Chypre ait été divisée en deux territoires, l’un turc au Nord, et l’autre grec au Sud, à la suite d’un coup d’Etat en 1974 visant à joindre l’île à la Grèce.
Les pourparlers de réunification entre les chypriotes-grecs et les Chypriotes-turcs ont repris en mai dernier.
«Je suis sûr qu’une réunification pacifique de Chypre sera véritablement bénéfique aussi bien politiquement qu’économiquement», a affirmé Ban.
"En tant que personne originaire de Corée, qui est elle-même une nation divisée, Chypre m’offre de l’espoir pour l’avenir", a-t-il révélé.
Les points chauds et irrésolus qui restent dans le monde tandis que Ban devrait quitter son poste en décembre 2016, sont une source de déception pour le diplomate coréen.
Il a confié qu’il aurait voulu voir tous les efforts de paix de l’organisation réussir alors qu’il est encore en fonction, mais se dit convaincu que dans toutes les zones affectées, de la Syrie au Soudan du Sud en passant par l’Est du Congo, "la paix peut être réalisée grâce à assez d’unité internationale".
Un autre point sensible subsiste dans l’organisation internationale elle-même cette fois : la composition du Conseil de sécurité.
Plusieurs Etats membres des Nations Unies ont en effet demandé une réforme de l’organe exécutif.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a, réitéré à maintes reprises son appel à un changement, citant un déséquilibre du pouvoir et qu'aucun membre permanent dans le Conseil ne provienne d’une nation musulmane.
A ce sujet, Ban Ki-moon, diplomate de 71 ans, fort d’une longue et riche carrière, s’est contenté de dire qu’il «encouragera la prise de mesures qui pourront améliorer la légitimité et l’efficacité du Conseil de sécurité», et laisse le soin aux Etats membres d’effectuer des changements tel que spécifié dans la charte de l’organisation.
Concernant sa contribution en tant que Secrétaire Général de l’ONU, Ban se déclare fier que l’organisation ait été capable de réaliser «des objectifs de développement durable et un accord solide sur le changement climatique. Ce sont des réussites qui peuvent aider les générations futures à faire face aux défis du 21e siècle», a-t-il estimé, espérant que ces réformes puissent durer.
Questionné sur son héritage et bilan, pudique, Ban Ki-moona préféré laissé le fin mot de l'histoire aux historiens.