La torture existe encore en Tunisie en dépit des indicateurs positifs (ONG)
-L’Organisation contre la torture en Tunisie a déclaré avoir enregistré, en 2017, 5 décès douteux dans des prisons ainsi que dans des centres de détention
Hatem Kattou
04 Avril 2018•Mise à jour: 04 Avril 2018
Tunis
AA/ Tunis/ Seifeddin Ben Mahjoub
L’Organisation de lutte contre la torture en Tunisie (ONG, Indépendant) a salué, mercredi, "les indicateurs positifs enregistrés dans le pays", affirmant, toutefois, "que la torture est encore pratiquée dans les prisons, les centres de détention et les postes de police".
Lors d’une conférence de presse tenue, mercredi, dans le siège du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) à Tunis, l’organisation a présenté son rapport annuel dans lequel elle fait état de 5 décès douteux.
Selon le rapport, les décès étaient, probablement, le résultat de maltraitance, de violences, de torture infligés, tous, aux personnes décédées alors qu’ils étaient détenus ou bien dans des centres de détention ou bien dans des prisons.
Aucun commentaire n’a été émis par des autorités tunisiennes au sujet du rapport de l’organisation et ce jusqu’à 13 :15 GMT.
Cependant, le ministre tunisien auprès du Chef du gouvernement chargé des Relations avec les instances constitutionnelles, la société civile et les organisations des droits de l’homme, Mehdi Ben Gharbia, avait déclaré, en septembre dernier, que la Tunisie avait fait des progrès significatifs dans la prévention de la torture.
Ben Gharbia, qui s’exprimait à Genève, lors d’une réunion du Conseil des droits de l'homme des Nations unies, avait, également, indiqué que la Tunisie avait commencé à réformer les dispositions juridiques relatives à la torture et qu’elle avait mis en place un organe public indépendant pour prévenir de cette pratique.
"La torture se pratique encore en Tunisie bien qu’en 2017, certains indicateurs positifs aient été enregistrés, notamment, la promulgation de la loi sur l'élimination de la violence à l’égard des femmes et la conduite d'une inspection du ministère de l'Intérieur pour enquêter sur les violations commises par les agents de sécurité", a déclaré le Secrétaire général de l’Organisation de lutte contre la torture en Tunisie, Mondher Cherni.
Cherni qui s’exprimait lors de la même conférence de presse a fait savoir que "le rapport élaboré par l’organisation et qui comprend l’étude de 80 cas indiquait que 35% des violations avaient eu lieu dans les postes de police, 32% dans les prisons et 24% dans les lieux publics".
Selon l’activiste tunisien, "les divers types de violations [indiquées dans le rapport] se classent comme suit : 48% de cas torture, 20% de cas maltraitance et 13% de cas de violence commise par des agents de sécurité".
Il a, d’autre part, confirmé que l’enquête menée sur les décès douteux [dans les centres de détention ou dans les prisons] fait encore l’objet d’examen préliminaire. Aucune enquête judiciaire n’a été ouverte à ce jour, selon ses dires.
Cherni a, par ailleurs, critiqué la grande lenteur dans l’examen des plaintes déposées par les victimes de torture et de violation contre les organes de sécurité, considérant que cette lenteur "perpétue l'impunité".