AA - Istanbul - Bilal Muftuoglu
''Vous venez tous d'origines différentes et vous avez peut-être des convictions politiques divergentes, pourtant vous agissez ensemble sans hésitation dans l'objectif de mobiliser la conscience collective'', a annoncé, dimanche, le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu s'adressant aux membres du Comité des Sages.
Le Comité des "Sages" est un organe consultatif formé en 2013 par le gouvernement dans l’objectif d’examiner les efforts en cours dans le cadre du processus de résolution de la question kurde. Il est actuellement composé de 63 personnes, dont des écrivains, des chroniqueurs, des académiciens, des acteurs/actrices et d'autres personnalités de premier plan.
Lors de la rencontre tenue dans le bureau du Premier ministre à Istanbul, Davutoglu a noté, ''Vous avez parcouru 12 mille kilomètres et rencontré 60 000 personnes depuis la première rencontre du comité le 4 avril 2013 [lors du mandat de Recep Tayyip Erdogan comme Premier ministre, ndlr] et vos efforts ne passent pas inaperçus''.
Le processus de résolution est une initiative ''locale et originelle'' qui ''aura des répercussions positives'' sur les pays limitrophes de la Turquie, a affirmé le Premier ministre.
''Cette réunion aurait sans doute eu lieu même sans les récents développements'', a indiqué Davutoglu qui faisait allusion aux manifestations de masse illégales et meurtrières en solidarité avec les kurdes de la ville de Kobané dans l'ensemble du pays.
''La rencontre d'aujourd'hui n'est nullement conjoncturelle'', a-t-il insisté.
''Nous avons été contraints de faire face au troisième jour de l'Aid al-Adha à des actes de vandalisme et de violence ainsi qu'au pillage et au meurtre comme lors des évènements du 6-7 septembre [agression collective contre la minorité grecque à Istanbul en 1955, ndlr] alors que nous espérions l'avancée rapide du processus de résolution dans une atmosphère nouvelle et positive'', a révélé le Premier ministre.
S'agissant des activités du comité, Davutoglu a rappelé que plusieurs réformes proposées par ses membres dans les rapports rédigés l'an dernier, avaient été mises en place par le gouvernement du Parti de la Justice et du Développement (AKP, au pouvoir).
A la suite des recommandations formulées dans les rapports, les aides du Trésor public seront désormais distribuées aux partis obtenant plus de 3% des voix dans l'ensemble de la Turquie au lieu de 7%, a fait savoir Davutoglu, un geste qui pourrait être bénéfique au Parti démocratique des peuples (pro-kurde, opposition).
D'autre part, l'autorisation de l'usage des lettres kurdes et de la langue kurde lors des campagnes politiques ainsi que la réattribution des noms historiques des localités majoritairement kurdes ont été adoptées ''grâce aux efforts des sages'', a mis en relief le Premier ministre.
S'adressant à la Communauté internationale au sujet des conflits sectaires et ethniques dans la région, Davutoglu a affirmé qu''à l'orée du Centenaire de la Première Guerre mondiale, nous devons comprendre que les institutions monistes causent des souffrances à toute communauté ethnique, confessionnelle ou religieuse là où se trouvent des civilisations anciennes''.
Ce phénomène ne se limiterait pas à l'échelle régionale, selon le Premier ministre, qui a évoqué les souffrances vécues lors de la partition des Indes.
Davutoglu a, par ailleurs, indiqué que la Turquie aurait deux alternatives en vue de la poursuite du processus de résolution.
''Nous pourrons avancer dans une direction unificatrice basée sur des principes de paix et de respect mutuel, ce que nous préférons. Nous pourrons, au contraire, être soumis aux influences des idéologies archaïques comme celles du Baas à caractère expansionniste et sectaire ou celles dites marxistes, ou bien encore comme celles des groupes terroristes de façade islamique'', a-t-il expliqué.
''C'est précisément sur ce point que la mission du Comité des sages devient significative'', d'après Davutoglu.