AA/ Alger/ Abderrazak Abdallah
La cinquième élection présidentielle pluraliste de l’histoire de l’Algérie se déroulera demain jeudi. C’est la plus controversée des élections présidentielles algériennes à cause des multiples protestations contre le régime et des appels au boycott du scrutin.
Six candidats sont dans la course électorale dont l’actuel Président Abdelaziz Bouteflika, candidat pour un quatrième mandat, et que les pronostics placent favori.
Selon les registres du ministère algérien de l’Intérieur, environ 23 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour élire un nouveau Président ou renouveler le mandat de Bouteflika. Un million d’Algériens résidant à l’étranger ont commencé à voter depuis samedi dernier. Depuis lundi, des bureaux de vote mobiles sillonnent le sud du pays pour recueillir les voix de près de 94 mille algériens parmi les habitants des zones reculées et du Sahara.
Pour que le scrutin se déroule en une seule journée, 49979 bureaux de vote seront mis en place. Le vote se fera en présence des représentants des six candidats, de plus de 300 observateurs étrangers ainsi que de la supervision de deux comités de juges et une troisième pour le contrôle.
Les résultats du scrutin seront rendus publics par le ministre algérien de l’Intérieur. « Si aucun des candidats n’obtient la majorité absolue des votes -plus de 50% des voix- au premier tour, un deuxième tour sera organisé », conformément à l’article 135 de la Loi électorale algérienne. L’article 143 de la même loi prévoit que « Le scrutin du deuxième tour se tiendra au quinzième jour après l’annonce par le Conseil constitutionnel des résultats du premier tour, et qu’un délai maximale de 30 jours séparera les deux tours ».
Les prévisions indiquent que l’actuel Président Abdelaziz Bouteflika remportera cette présidentielle grâce au soutien des plus importants partis politiques et des associations civiles du pays
« La présidentielle est réglée en faveur de Bouteflika », a estimé Abdelali Razzaki, professeur à la faculté de l’information et des sciences politiques d’Alger. Et d’ajouter « Le Conseil constitutionnel a confirmé que les partisans de Bouteflika ont amassé près de 4 millions de signatures en sa faveur lors du dépôt de sa candidature ».
« Si chacun de ces signataires ramène avec lui deux autres voix parmi les membres de sa famille en faveur de Bouteflika, il raflera 12 millions de votes, soit une majorité absolue garantie au premier tour», a-t-il expliqué.
Ne partageant pas la même position, Abderrazak Makri, leader du plus grand parti islamique en Algérie, le mouvement de la Société pour la paix, a considéré que l’actuel Président ne peut pas remporter le scrutin sans frauder. « L’élection ne sera pas libre ni équitable, et on sait que Bouteflika sera annoncé vainqueur avec un large score mais en fraudant», a ajouté le chef du parti qui boycotte l’élection.
Bouteflika sera concurrencé par Ali Benflis, l’ancien Premier ministre, Belaid Abdelaziz, président du Front El Moustakbal, Touati Moussa, président du Front National Algérien, Ali Faouzi Rebaine, président du parti Ahd 54, et Hanoune Louisa, Secrétaire générale du parti des travailleurs.
« Avec la neutralité des institutions de l’Etat et des élections transparentes j’accepterais même un centième mandat, mais je ne resterai pas neutre face à la fraude et la violation de la volonté populaire », a mis en garde le principal rival de Bouteflika, Ali Benflis, mardi, lors d’une conférence de presse.
Des journaux algériens ont indiqué que l’organe le plus puissant du pays, à savoir l’institution militaire, soutient la candidature de Bouteflika, malgré son état de santé.
Cette course à la présidence a été assortie de larges protestations, menées notamment par le mouvement « Baraket » (ça suffit) constitué par des activistes et’une coordination de partis politiques et de personnalités publiques qui ont annoncé leur boycott de l’élection.
Lors de la campagne électorale pour la Présidentielle, le manque d’intérêt populaire a été flagrant, notamment dans les grandes villes. Les médias ont rapporté que les candidats tenaient leurs discours devant des salles quasi-vides, parfois remplies d’enfants.
Des observateurs ont expliqué l’indifférence populaire à l'égard de ces campagnes électorales par le faite que la course à la présidence est réglée à l’avance en faveur du Président Bouteflika.