AA/Istanbul (Turquie) / Ali Abo-Rezeg
Un haut responsable des Frères Musulmans, Ashraf Abdel Ghaffar, a affirmé que si le temps faisait machine arrière, son groupe prendrait quand même la décision d’organiser un sit-in contre le «coup d’Etat militaire qui a renversé le premier président égyptien démocratiquement élu, Mohamed Morsi ».
«Les sit-ins sont une des formes les prestigieuses de manifestation démocratique à travers le monde. Les manifestants souhaitaient voir le président démocratiquement élu, Morsi, poursuivre son mandat de quatre ans, qui est un droit garanti par la Constitution égyptienne» a déclaré Abdul Ghaffar dans un entretien exclusif avec l’Agence Anadolu (AA).
«Personne n’avait imaginé que le sit-in pacifique se terminerait de cette manière. Le sit-in était retransmis en direct, s’il y avait eu des actes non pacifiques, cela aurait été vu par tout le monde. En outre, les délégations de l’Union européenne (UE) et de l’Union africaine (UA) ont visité le sit-in et n’ont trouvé aucune arme en la possession des manifestants comme cela a été propagé par les médias d’Etat» a-t-il confié.
«Ce qui est arrivé le 14 août 2013 n’a pas été un dispersement ordinaire d’un sit-in pacifique, mais un génocide par les forces [de sécurité] qui n’ont pas fait cas de la fraternité national ou religieuse» a-t-il accusé.
Répondant à l’affirmation que les dirigeants des Frères musulmans connaissaient le moment précis durant lequel les forces du régime avaient projeté de d'intervenir, Abdul Ghaffar a affirmé : «J’étais responsable du sit-in d’al-Nahda et je n’ai jamais était au courant de l’heure [du dispersement]. Si nous l'avions su, nous aurions au moins sorti les femmes et les enfants».
«Ce qui s’est réellement passé le 14 août 2013, après les prières du matin, c’est qu’il y a eu de nombreux manifestants qui ont observé des mouvements anormaux de véhicules blindés et de bulldozers près du pont situé à côté de l’Université du Caire» a révélé le responsable des Frères musulmans.
Des centaines de manifestants pro-Morsi ont été tués, le 14 août 2013, lorsque les forces de sécurité égyptiennes ont violemment dispersé les protestataires qui campaient sur la Place Rabaa al-Adawiya au Caire et la Place al-Nahda à Gizeh, quelques semaines après la destitution du président Morsi par l’armée.
D’après le Conseil national des droits de l’Homme, le dispersement des deux camps a causé durant cette seule journée 632 morts, dont huit policiers.
Dans un rapport de 2014 basé sur une enquête d’une année, l’organisation de défense des droits de l’Homme, Human Rights Watch (HRW) a déclaré qu’au moins 817 manifestants avaient été tués à Rabaa et 87 à Nahda.
Le directeur exécutif de HRW, Kenneth Roth avait, par ailleurs, décrit les évènements comme «un des plus grand massacre de manifestants en une seule journée de l’histoire moderne».
«Ce qui est arrivé c’est que la Communauté internationale a comploté avec les dirigeants du coup d’Etat contre la démocratie en Egypte dans l’objectif d’écarter les islamistes du pouvoir» a affirmé Abdul Ghaffar.
«L’attitude de l’Occident envers le coup d’Etat en Egypte contraste vivement avec leur attitude envers ce qui est arrivé en Ukraine, par exemple» a-t-il noté.
Les Ukrainiens ont organisé un sit-in pour renverser le président, tout en prenant les armes contre l’Etat. Aussitôt que 46 manifestants ont été tués, le monde a été bouleversé et l’Europe et les Etats-Unis sont intervenus et ont soutenu les manifestants. Et cependant, en Egypte, des centaines de manifestants ont été tués et ces mêmes acteurs du monde se sont fait solidaires du meurtrier et l’ont soutenu» a déploré le responsable des Frères musulmans.
Abdul Ghaffar a admis qu’il existait des différences d’opinions au sein des dirigeants des Frères musulmans en Egypte et les a appelé à veiller à l’intérêt public avant toute chose.
Depuis mai dernier, d’importantes différences d’opinions sont apparues dans les rangs des dirigeants des Frères musulmans concernant la manière de se confronter au régime militaire en Egypte.