Mohamed Hedi Abidellaoui
25 Janvier 2017•Mise à jour: 26 Janvier 2017
AA/ Paris/ Fatih karakaya
Dimanche dernier, a eu lieu le premier tour de la primaire socialiste française. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y a eu de grandes surprises.
En effet, la première surprise a été le taux de participation. Les socialistes attendaient 2 millions d'électeurs. A l’heure actuelle, la Haute Autorité socialiste est incapable de donner des chiffres exacts même si ses estimations se situent entre 1.5 et 2 millions. Ce cafouillage autour du taux de participation est imputé à un bug informatique. Alors que les scores sont connus, il est inquiétant de ne pas connaître le nombre exact des participants.
De plus, la participation s’annonce largement inférieure à celle de la primaire de 2011 et en dessous de la primaire de droite qui avait rassemblé près de 3 millions de votants.
• Sondages trompeurs
La deuxième surprise relève des sondages. En effet, comme pour la primaire de droite, les sondages se sont une fois de plus trompés, les sondeurs qui donnaient largement vainqueur Alain Juppé, tablaient également sur une victoire de Manuel Valls.
Si les quatre premiers attendus, à savoir, Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et Benoit Hamon sont là, le classement varie considérablement.
Ainsi, les sondages nous promettaient un duel Valls (en-tête) – Montebourg. Or non seulement Manuel Valls n’a pas réussi à s’imposer en tant que leader mais il est arrivé deuxième, largement au-dessous de Benoit Hamon. Puis, bien que Montebourg ait été parvenu à améliorer son score de la primaire de 2011, il s’est fait éliminer. Aussitôt, il a apporté son soutien à Benoit Hamon avec qui il a plus de points communs que Manuel Valls. Si les reports de voix se confirment au 2ème tour, Benoit Hamon dépassera largement les 50%, contrairement à Manuel Valls qui bénéficie de très peu de reports de voix notamment celle de la radicale Sylvie Pinel.
* Est-ce une défaite pour Manuel Valls ?
Tant que le second tour n’est pas fini, il est impossible de dire que Manuel Valls a perdu mathématiquement. Mais le fait d’arrivée en seconde position quand on est Premier ministre sortant et qu’on est le favori des sondeurs, ça sent la défaite pour un politique de la trempe de Valls. Faut-il rappeler aussi que e politicien n’avait fait que 5% lors de la primaire en 2011 ? Aujourd’hui, malgré autant de contestations, il arrive à rassembler pratiquement 32% des socialistes. De ce point de vue, on peut parler d’une sorte victoire.
De ce fait, Manuel Valls qui n’a plus de réserve de voix ne doit compter que sur ses partisans abstentionnistes. Il n’était , en conséquence, pas très à l’aise dans ses discours. Ce malaise, on l’a ressenti lors de son allocution d’hier soir, où il a clairement affirmé qu’avec une victoire de Benoît Hamon « l’échec était inévitable » alors que son projet à lui « rend possible la victoire ». Cette semaine va être, au demeurant, décisive pour pouvoir attirer de nouveaux électeurs. Son discours ultra-libéral, sa bataille sur la laïcité et la place de l’islam attirait des électeurs y compris de droite.
Abordant la question de la laïcité, Manuel Valls cultivait un discours très opposé à ce qu’on pouvait entendre de la part des socialistes. Ainsi pour lui, même si « la laïcité n’est pas dirigée contre les musulmans » et que « sa conception de la laïcité n’est pas à géométrie variable », il considère, toutefois, le voile « comme une soumission de la femme à l’homme.». Il est même allé plus loin, en soutenant l’interdiction du voile dans les universités. Il n’a pas vraiment convaincu, in fine.
* Déficit de crédibilité
Valls a, de surcroît, beaucoup perdu de sa crédibilité en étant Premier ministre d’un gouvernement sortant. Il a de nouveau engagé la responsabilité de son gouvernement, en juillet 2016, avec le recours à l'article 49-3 pour faire passer en force l'adoption de la loi de précarisation du travail. Il a alors invoqué l'article 49-3 de la Constitution pour adopter sans vote la loi « travail ». Mais, Valls s'est plus tard contredit, en affirmant que ce n’était pas un bon article et qu’il allait le supprimer. Cette sortie avait surpris son équipe de campagne qui s’est sentie dépassée par cette improvisation.
Il faut aussi rappeler que François Hollande avait abandonné la course pour ne pas avoir réussi à tenir ses promesses, notamment la baisse du chômage et le pouvoir d’achat. Dans ce cas de figure, comment Manuel Valls peut-il se dédouaner de la responsabilité de cet échec quand il était son premier ministre ?
La question du vote musulman aussi s’est posée. Même si pour le moment aucun chiffre n’a été communiqué, il suffit de faire un tour sur les réseaux sociaux pour se rendre compte, d'ailleurs. L’engouement qu’il y a eu autour de François Hollande lors de son élection ne va jamais se reproduire. Non seulement François Hollande avait déçu mais Valls estimait au théâtre Déjazet en avril 2016 que «le chômage » était de la partie, mais que « la bataille essentielle » était « culturelle».
Toutes ces sorties fracassantes montrent à quel point les clivages sont de taille autour de Valls. De ce fait, même s’il arrive à mobiliser ses partisans dans un dernier élan, ses chances de remporter la Présidentielle demeurent, à bien des égards, réduites.