AA/ Rabat/ Sarra Eit Kharsa/
Le processus d’intégration des immigrés clandestins au Maroc et la régularisation de leur situation juridique, surtout pour les ressortissants des pays du Sahel et du Sahara, rencontrent plusieurs difficultés, selon des associations marocaines de droits de l’Homme.
Elles indiquent en outre que les immigrés vivent dans des situations précaires et subissent encore des « pratiques racistes ».
« Les conditions excessives fixées par le gouvernement marocain pour l’attribution de titre de séjour empêchent des milliers d'immigrés de régulariser leur situation juridique », ont ajouté des militants des droits de l’Homme et des représentants d'associations qui s'intéressent à la situation des immigrés au Maroc, lors d'une réunion tenue jeudi soir, à Rabat, par Anis Birrou, ministre en charge des Marocains résidant à l'étranger et de l'Immigration.
Les représentants des ONG ont signalé le recours à la violence lors des interventions des forces de l'ordre dans les zones frontalières, notamment dans les opérations d'expulsion ou pour empêcher les immigrés de franchir le poste frontalier de Ceuta et Melilla. Des dizaines d'immigrés tentent, quasi-quotidiennement, de franchir ce mur pour passer au territoire espagnol.
Pour sa part, Idris El Yazami, président du Conseil national des droits de l'Homme au Maroc (un établissement public) a insisté sur le "droit des forces de sûreté marocaines à lutter contre toute tentative de franchir illégalement les frontières en direction d'autres pays, ou pour entrer au Maroc".
Le communiqué publié par la Cour royale marocaine, en octobre dernier, a rejeté « toute utilisation systématique de la violence » par les autorités marocaines contre les immigrés irréguliers venant des pays d'Afrique subsaharienne.
La Cour royale a déclaré que « Les quelques dépassements restent des incidents individuels isolés.», tout en rejetant ce qu'elle a qualifié «d’allégations qui visent à lier les problèmes des immigrés à la violence et à la violation des droits de l'Homme.»
Bon nombre d'immigrés clandestins affluent au Maroc, ces dernières années, pour passer aux pays européens, notamment en Espagne. Toutefois, certains s’installent au Maroc, qui d’un pays de transit devient un pays de résidence. « 25 à 45 mille immigrés irréguliers résident au Maroc », selon les estimations des autorités.
Des instances des droits de l’Homme marocaines revendiquent l’amélioration des conditions d’hébergement des immigrés venant du Sahel et des pays subsahariens. Elles dénoncent « Les difficiles conditions d’expulsion des immigrés, qui campent dans les zones frontalières, les forêts ou les terrains vagues». Ces associations affirment que les iimmigrés subissent des « pratiques racistes » et « cruelles ».
Ces accusations ont été démenties par les autorités marocaines. Le gouvernement affirme qu’il adoptera une nouvelle politique d'immigration pour faire face à ce phénomène, en attribuant des documents de résidence à un certain nombre d'immigrés irréguliers, selon des conditions spécifiques.
Le Maroc a lancé une opération exceptionnelle pour régulariser la situation de ces immigrés, depuis le 2 janvier dernier,qui s'étendra jusqu'à la fin du mois de décembre de l'année prochaine. Des «Centres pour les étrangers » seront ouverts dans les différentes régions du pays pour les enregistrer et leur attribuer des documents de résidence et bénéficier ainsi des mêmes traitements que les citoyens marocains.
Les autorités marocaines affirment qu'ils cherchent à lutter contre « le phénomène de l'immigration » selon une « approche humanitaire globale», et qu’ils veilleront sur « le respect total des droits des réfugiés et des immigrés et de lutter contre les diverses formes de violence qui s’exercent sur eux», ainsi que « d’aider ceux qui souhaitent retourner volontairement à leur pays d'origine ». Elles rappellent toutefois que, faute de capacités d’accueil, le Maroc n’est pas en mesure de recevoir tous les immigrés qui souhaitent s'y installer.
Le Conseil national des droits de l'Homme au Maroc a publié, le 9 Septembre dernier, un rapport sur la situation des réfugiés et des immigrés qui attirait l’attention sur « la vulnérabilité et la précarité des conditions de vie des immigrés, notamment à l'intérieur du pays». Ce qui a incité le Roi Mohammed VI, le 10 Septembre dernier, à tenir une réunion avec des responsables au gouvernement marocain pour discuter des «nouvelles politiques d'immigration » à adopter par le Maroc pour les prochaines années.