Ecenur Çolak
10 Octobre 2018•Mise à jour: 10 Octobre 2018
AA - Rome
La signature d’un accord entre l’Allemagne et l’Italie, relatif aux migrants sauvés en Méditerranée, a été reportée en raison du refus de Rome de signer ce dernier tant que leurs exigences n’auront pas été satisfaites par Berlin.
L’accord prévoit la réadmission par Rome des migrants déjà enregistrés sur le territoire italien, dans les 48 heures après leur interpellation à la frontière germano-autrichienne.
C’est le règlement Dublin, actuellement en vigueur dans les pays de l’Union européenne (UE), qui est appliqué dans de telles situations.
Conformément à ce règlement, les réfugiés doivent formuler leur demande d'asile dans le premier pays européen dans lequel ils sont accueillis. Si par la suite, le réfugié se rend dans un autre pays de l'UE, ledit pays a le droit de renvoyer le demandeur, dans le respect de ses droits, dans le premier pays de l’UE où il s’est rendu.
Toutefois, le droit européen exige une évaluation de la situation du demandeur d’asile dans le pays où il se rend si des membres de sa famille ou des proches du réfugié se trouvent également dans le pays.
En outre, les réadmissions éventuelles selon le règlement Dublin nécessitent beaucoup plus de temps et d'efforts que la conclusion d’un accord bilatéral.
Par exemple, selon les données du Ministère allemand de l'intérieur, l'Allemagne avait l'intention de renvoyer, conformément au règlement Dublin, environ 10 000 migrants en Italie au premier semestre de cette année.
Cependant, seuls 2 281 migrants ont été renvoyés, au cours de la période du 1er janvier au 30 septembre 2018, en raison de la lenteur du processus.
- Des conditions imposées par Rome
En vertu du droit maritime international, l’Italie, première destination où débarquent les migrants qui tentent d'atteindre l'Europe en traversant la Méditerranée, se doit d’accueillir les migrants dès lors qu’elle constitue le port « sûr » le plus proche.
C’est la raison pour laquelle l’Italie a longtemps exigé une révision du traité de Dublin sur la gestion des demandes d’asile dans le pays d’arrivée. En outre, Rome souhaite la fin de l’opération Sophia, mission navale européenne qui porte secours aux migrants en Méditerranée.
- L’Italie, en attente de soutien
Pour ces raisons, l’Italie refuse de signer l’accord bilatéral tant que l’Allemagne ne soutiendra pas « la révision de l’accord de Dublin et des dispositions sur le sauvetage des migrants ».
A ce titre, l’explication la plus claire était celle du Ministre de l'intérieur et Vice-président du conseil des ministres de l'Italie, Matteo Salvini.
"Je ne signerai rien tant que l’Allemagne restera sourde et ne répondra pas à toutes nos demandes", a déclaré Salvini qui a précisé que le traité est sur son bureau depuis des semaines.
Salvini demande également un accord avec un "solde zéro" indiquant que le nombre d’immigrés renvoyés et celui acceptés par l’Italie doivent être équivalents.
Un accord similaire conclu entre l’Allemagne et l’Espagne est entré en vigueur le mois dernier. Selon l’accord bilatéral, les immigrés enregistrés en Espagne et arrêtés sur le territoire allemand pourront être renvoyés sur le territoire espagnol sous 48 heures.