AA / Istanbul / Ihsan al-Faqih
Il y a presque un consensus international et régional sur l'impossibilité d'une solution militaire en Libye, et que la seule issue à la crise dans ce pays arabe est la voie politique.
La conférence de Berlin est intervenue en réponse à une invitation de l'Allemagne, visant à "soutenir les efforts du secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, et de son envoyé en Libye, Ghassan Salamé, pour restaurer la souveraineté de la Libye et promouvoir le processus de réconciliation interne entre les parties au conflit, avec l'appui d'un groupe de pays et d'organisations internationales", a déclaré le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert.
Les pays concernés par la crise libyenne ont tenu, dimanche, une réunion à Berlin, sous les auspices des Nations Unies, moins d'une semaine après la réunion organisée par Moscou, sous le parrainage conjoint turco-russe, en présence des deux parties au conflit libyen; le chef du gouvernement d’entente nationale, internationalement reconnu, Fayez Al-Sarraj, et le général à la retraite Khalifa Haftar.
Lors de la conférence de Moscou, sur laquelle la communauté internationale a bâti de grands espoirs pour consolider l’accord de cessez-le-feu entre les deux parties au conflit, entré en vigueur le 12 janvier, et lancer des négociations pour une solution politique, al-Sarraj a signé l'accord de trêve tandis que Haftar a quitté la capitale russe sans signer l'accord.
L'accord est entré en vigueur 9 mois après que les forces d'Haftar aient lancé leur offensive contre la capitale libyenne, Tripoli, en avril 2019.
La réunion de Moscou a tenté de consolider l'accord et l'a considéré comme une base pour faire avancer la réconciliation nationale, mais les deux parties au conflit s’accusent mutuellement de ne pas respecter la trêve, qui n'a finalement pas duré longtemps.
Le 7 janvier, le contrôle de Haftar sur la ville stratégique de Syrte (centre-nord de la Libye) a marqué un tournant important sur la voie de l’escalade militaire, incitant le général libyen à adopter une position plus ferme lors de la conférence de Moscou.
Il y a environ 5 mois, l'Allemagne a avancé l'idée de tenir la conférence de Berlin pour rassembler les acteurs internationaux concernés par la crise libyenne, afin de s’accorder sur le respect de l'embargo sur les armes à destination des deux belligérants, en réponse aux résolutions des Nations Unies, et accepter les exigences de la communauté internationale quant à la nécessité de mettre un terme à la guerre et aboutir à un règlement politique, par le biais de négociations directes entre les parties, du fait de l'incapacité de chaque partie à résoudre la guerre militairement.
Outre l'Allemagne, organisateur de la conférence, des représentants de la Russie, de la Turquie, des États-Unis, de la Chine, de l'Italie, de la France, du Royaume Uni, des Émirats, de l'Égypte, de l'Algérie et du Congo étaient présents, en plus des représentants de 4 organisations internationales et régionales, à savoir les Nations Unies, la Ligue arabe et les Unions européenne et africaine.
Haftar et Al-Sarraj étaient présents à Berlin, sans participer à la conférence. Alors que la Tunisie, pays voisin de la Libye, et le Maroc, qui a accueilli, fin 2015, la conférence de Skhirat, base du règlement politique discuté à Berlin, étaient absents de la conférence.
Avant la conférence de Berlin, le secrétaire d'État américain, Mike Pompeo, a souligné la nécessité d'un cessez-le-feu permanent en Libye, d'un retour au processus politique sous l’égide des Nations Unies et de la fin de toutes les ingérences étrangères sur la question libyenne, ce que Ghassan Salamé a affirmé, estimant que "le soutien étranger" aux organisations locales a créé un cercle vicieux de combats.
Selon la déclaration finale, il existe un accord de tous les pays participants sur la nécessité de stabiliser le cessez-le-feu en Libye. Des organisations internationales et régionales telles que l'Union européenne, ont également souligné la nécessité de respecter l'embargo sur les armes, imposé par les Nations Unies, et de la relance du processus politique.
L'Allemagne et les Nations Unies tentent de persuader les principaux acteurs sur la scène libyenne, que sont la Russie, la Turquie, les Émirats arabes unis et l’Égypte de faire pression sur les parties au conflit pour qu'ils acceptent de maintenir le cessez-le-feu et de signer un accord de trêve permanent dans la capitale libyenne, siège du gouvernement d’entente nationale, internationalement reconnu.
Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a averti que l'espoir que tous les problèmes en Libye seront résolus par la conférence de Berlin relève d’un optimisme exagéré, affirmant qu’une réunion d’une journée ne peut, à elle seule, résoudre tous les problèmes et mettre fin au conflit libyen, mais qu’il restait nécessaire de poursuivre les efforts après la fin de la conférence de Berlin
En participant aux réunions de Moscou et de Berlin, la Turquie a cherché à trouver un terrain politique commun pour rapprocher les positions des deux parties au conflit en vue du règlement politique final.
Le ministre russe des Affaires étrangères a, pour sa part, indiqué que les relations entre les deux belligérants restaient tendues, malgré la déclaration de cessez-le-feu du 12 janvier, qui constitue un "pas en avant" dans le règlement de la crise libyenne.
La plupart des réunions «parallèles» tenues par les pays participants à la conférence se sont concentrées sur le fait de pousser les parties régionales et internationales à se retirer de l'équation du conflit interne en vue de véritables négociations de paix entre les deux principaux protagonistes de la guerre.
Les dirigeants des pays participant à la conférence de Berlin ont déclaré leur engagement à respecter l'embargo sur les armes imposé par les Nations Unies en 2011 et à mettre fin à toute ingérence extérieure, tout en soulignant l'exclusion d'une solution militaire à la guerre, appelant également à un "cessez-le-feu permanent et efficace" sous la supervision d'un comité de 10 Militaire formé de 5 membres pour chaque partie.
La chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré que "la Turquie, la Russie, l'Égypte et les Émirats arabes unis ont affirmé l'importance du cessez-le-feu et de la trêve", notant que cette position "permettait aux Européens de progresser dans la même direction".
Elle a révélé que tous les participants à la conférence étaient d'accord et s'étaient engagés à ne fournir aucun soutien aux parties belligérantes en Libye, et ils ont également convenu d'un processus contraignant pour garantir une trêve et un embargo sur les armes et répondre au droit des libyens à vivre en paix.
Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a quant à lui parlé de l'accord des participants à la conférence sur trois processus de résolution de la crise libyenne, comprenant les sphères militaire, économique et politique.
Le volet économique concerne, selon le Secrétaire général des Nations Unies, l'achèvement des principaux points liés à la réforme de la Banque centrale et des institutions économiques libyennes et tout ce qui se rapporte à cette sphère.
En ce qui concerne le domaine militaire, António Guterres a déclaré que les participants à la conférence ont convenu de former un comité militaire pour étudier les mécanismes de surveillance du cessez-le-feu, dont les membres seront choisis, dans quelques jours, parmi les parties combattantes libyennes.
La conférence de Berlin pourrait constituer un pas en avant dans les efforts déployés par la communauté internationale pour mettre fin à la guerre, et parvenir à un règlement politique global, afin d'établir la sécurité et la stabilité, mais cela dépend de l'engagement des États signataires à interdire la fourniture d'armes à l'une ou l'autre des parties au conflit, ce qui est contraire aux intérêts de certains pays, qui voient dans la poursuite de la guerre une préparation à une nouvelle réalité à même de leur permettre de réaliser des gains au détriment des intérêts supérieurs du peuple libyen.
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