Esma Ben Said
26 Novembre 2015•Mise à jour: 27 Novembre 2015
AA/Bamako/Moussa Bolly
Près d'une semaine après l'attentat de Bamako qui a fait 22 morts, les forces de sécurité redoublent de vigilance. Un dispositif sécuritaire inédit est déployé dans la capitale malienne afin de rassurer les populations encore sous le choc.
Jusque-là réservée au Nord du pays, théâtre d’attaques fréquentes perpétrées par divers groupes armés, la sécurisation de la capitale a pris une autre dimension, notamment via les patrouilles nocturnes conjointes composées des forces de sécurité maliennes et des casques bleus de la Minusma. Une première dans la capitale, a rapporté le correspondant de Anadolu.
Des «patrouilles mixtes» sillonnent ainsi Bamako une fois la nuit tombée (22h à 7h du matin, TU), notamment les zones sensibles comme l’ACI 2000 (le nouveau centre administratif et des affaires) où encore la route principale conduisant à l’aéroport international Bamako-Sénou où tous les véhicules sont méticuleusement fouillés, tandis que les conducteurs et leurs passagers sont scrupuleusement contrôlés.
«La présence des forces onusiennes est rassurante pour les soldats maliens comme pour les populations», explique un jeune officier malien rencontré par Anadolu à l’ACI 2000 de Bamako.
« Notre rôle premier est de montrer à la population que tout va bien, qu’il ne faut pas céder à la crainte ou à la panique, et que nous sommes là pour les protéger », explique-t-il.
Lors d’un point de presse, samedi dernier, le Colonel Christophe Monbelli-Valloire, le chef des opérations d'UNPOL (police des Nations unies), avait déclaré que la coordination casques bleus/forces maliennes étaient « quelque chose d’attendu depuis très longtemps, depuis à vrai dire les évènements de La Terrasse (une attaque contre un restaurant qui avait fait 5 morts en mars 2015). »
«Le gouvernement à l'époque n'en avait pas senti le besoin. Cette fois-ci, les forces maliennes ont demandé notre soutien et c'est normal que nous soyons là, à leurs côtés. Avec nos moyens, nous appuyerons nos camarades maliens qui effectuent des contrôles de personnes», avait-il expliqué.
Du côté des populations, cette présence des soldats dans les rues et quartiers de Bamako, est particulièrement « rassurante ».
«Je crois que ces mesures sont nécessaires et indispensables pour qu’au moins un minimum de sécurité puisse être assurée dans notre capitale et sa périphérie. Les populations doivent coopérer avec ces forces en patrouille et si nécessaire leur donner toutes les informations sur les mouvements suspects des individus non connus dans leurs quartiers», souligne Karim Touré, un jeune entrepreneur qui reconnait avoir été arrêté et contrôlé déjà à deux reprises.
Les populations acceptent cette présence de bon gré d’autant plus que la menace est toujours réelle.
«La menace a changé. Elle a peut-être quelque peu évolué de façon asymétrique, mais elle n’a pas changé totalement», avait encore confié à la presse le Colonel Christophe Monbelli-Valloire.
Selon une source proche du ministère malien de la Sécurité intérieure et de la Protection civile, ces patrouilles conjointes dureront à Bamako «le temps nécessaire». "Elles vont aller au-delà des 10 jours d’Etat d’urgence qui s’achève le 1er décembre", précise la source.
« Elles continueront tant que le gouvernement malien en fait la demande», précise-t-on du côté de la Minusma, dont le mandat ne comporte pas la traque de responsables d’attentat.
Les forces onusiennes s’étaient déjà faites remarqué lors de l’attentat de vendredi dernier où elles étaient intervenues aux côtés des forces spéciales maliennes, françaises et américaines dans la libération des otages du Radisson Blu.