Adel Bin Ibrahim Bin Elhady Elthabti
14 Mars 2022•Mise à jour: 15 Mars 2022
AA / Tunis
Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a menacé d'observer une grève générale pour "mettre fin à la dérive éditoriale dans le secteur des médias".
Amira Mohamed, vice-présidente du syndicat, a critiqué lors d'une conférence de presse tenue, à Tunis, "les tentatives de la chargée de gestion de la télévision tunisienne de détourner la ligne éditoriale de l’établissement, de museler le droit syndical, de dissuader les journalistes et les photojournalistes et d’exclure délibérément les voix s’opposant à sa politique interne".
Et d'ajouter : "La télévision et les médias tunisiens sont en proie à une crise, en plus de la fragilité de l'emploi des journalistes et de la poursuite des nominations aléatoires et provisoires dans les médias publics comme à la radio nationale".
La menace de grève intervient après que des dizaines de travailleurs de la télévision d'Etat ont manifesté vendredi, dénonçant "une dérive éditoriale" et "l'imposition de l'agenda" du président Kais Saied sur cet établissement public.
A rappeler qu'à la mi-février, le président Saïed, avait démis Chokri Cheniti de ses fonctions à la tête de la radio nationale, sans nommer de successeur ni révéler les motifs de cette décision.
Dans une interview accordée à l'Agence Anadolu, Amira a indiqué que le SNJT avait lancé plusieurs avertissements concernant la gravité de la situation dans le secteur des médias et la déviation de la ligne éditoriale qui se produit à la télévision tunisienne".
"Nous avons présenté de nombreuses opportunités et solutions de réforme au gouvernement tunisien, mais nos demandes sont restées sans réponse jusqu'à présent. Le gouvernement tunisien n'a mis en œuvre aucune de ses promesses, et jusqu'à présent (...) les différents problèmes dans les secteurs public et privé n'ont pas été pris en compte. Cela contribue à noyer le secteur dans les problèmes pour mieux le contrôler. Nous ne permettrons à aucun parti de porter atteinte à la liberté des médias", a-t-elle ajouté.
Les autorités tunisiennes n'ont pas fait de commentaire immédiat concernant ces accusations, mais elles les nient généralement et affirment leur attachement à la liberté d'expression et à ne pas harceler les médias.
Depuis le 25 juillet dernier, Saïed a commencé à imposer des "mesures exceptionnelles", notamment le gel des compétences du Parlement, la promulgation de lois par décrets présidentiels, la destitution du gouvernement.
La majorité des forces politiques et civiles en Tunisie rejettent ces mesures et les considèrent comme un "coup d'État contre la Constitution", tandis que d'autres forces les soutiennent, y voyant un "redressement de la révolution de 2011", qui a renversé le président de l'époque Zine Abidine Ben Ali.
*Traduit de l'arabe par Wejden Jlassi