Mariem Njeh
08 Juin 2026•Mise à jour: 08 Juin 2026
AA / Istanbul / Mariem Njeh
Le projet franco-allemand de Système de combat aérien du futur (SCAF) est officiellement abondoné. Le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz ont constaté l'impossibilité de mener à bien ce programme conjoint de nouvelle génération, a annoncé l'Élysée lundi.
Selon la présidence française, les deux dirigeants ont « chacun regretté l'impossibilité pour les industriels de s'entendre sur la continuation de ce projet ». « Les autorités allemandes ont estimé qu'il n'était pas possible de presser davantage les entreprises concernées », a précisé l'Élysée dans son communiqué.
Cette décision, prise d'un commun accord entre Paris et Berlin a été formellement signifiée par le chancelier Merz au président Macron, lui indiquant que la construction de cet appareil commun « ne se poursuivra pas », selon une information corroborée de source gouvernementale allemande par le quotidien Handelsblatt.
Conflit de gouvernance et échec de la médiation
L'abandon de ce projet, dont le coût global était estimé à environ 100 milliards d'euros, scelle l'échec de longs mois de négociations. Le programme restait fondamentalement paralysé par un conflit de gouvernance persistant concernant le partage du leadership industriel entre la société française, Dassault Aviation, et son partenaire Airbus, qui représentait les intérêts de l'Allemagne et de l'Espagne.
Les efforts de médiation de la dernière chance n'ont pas suffi. Les médiateurs désignés par la France et l'Allemagne, Laurent Collet-Billon et Frank Haun, qui avaient pourtant obtenu un délai supplémentaire de dix jours en avril pour rendre leurs conclusions, ne sont pas parvenus à surmonter ces profondes divergences industrielles.
Selon des sources concordantes relayées par La Tribune, le chancelier allemand Friedrich Merz prévoit d'officialiser la fin du programme mercredi, à l'occasion de l'inauguration du salon aéronautique de Berlin (ILA), malgré la volonté initiale d'Emmanuel Macron de poursuivre l'initiative.
« Nécessité de converger »
L'Élysée a tenu à souligner dans un communiqué relayé par les médias que « la France reste d'avis que la coopération franco-allemande est nécessaire à nos deux pays comme aux partenaires européens dans le domaine de la défense et de la sécurité ».
Une ligne diplomatique soutenue par Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées. Interrogée par le quotidien Var-Matin, elle a déclaré : « Je regrette beaucoup les divergences qui se sont exprimées entre les industriels sur ce sujet ». La ministre a toutefois insisté sur l'impératif stratégique : « Pour des besoins opérationnels, il faut de toute façon que la France et l'Allemagne convergent dans le domaine de l'aviation du futur ».
Contexte
Lancé en 2017 par le président français Emmanuel Macron et l'ancienne chancelière Angela Merkel, puis rejoint par l'Espagne en 2019, le programme visait à développer un système aérien de nouvelle génération destiné à remplacer, à partir de 2040, les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols.