Sanaa Ou Amir Ahamada
20 Février 2026•Mise à jour: 22 Février 2026
AA / Istanbul / Sanaa Amir
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé qu'une proposition de loi pénalisant l’antisionisme serait inscrit à l’ordre du jour du Parlement « dès le mois d’avril », lors du 40e dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France, (Crif) à Paris.
Concrètement, la proposition portée par la députée Caroline Yadan prévoit d’élargir le délit d’apologie du terrorisme et de créer une infraction de négation de l’existence d’un État. Un texte sensible, qui promet de vifs débats dans l’hémicycle.
Dans ce contexte, Sébastien Lecornu a cherché à clarifier la ligne de l’exécutif. « Soutenir Israël ne revient pas à soutenir un gouvernement », a-t-il affirmé, évoquant la défense de « l’existence d’un État, de sa sécurité et du droit du peuple juif à disposer de lui-même ». Il a toutefois estimé que certaines actions menées par le gouvernement israélien en Cisjordanie « contreviennent au droit international ».
Dans la continuité de son propos, le Premier ministre a dénoncé ce qu’il considère comme une « instrumentalisation politique du droit international », visant implicitement Francesca Albanese. Selon lui, « lorsque la représentante spéciale des Nations Unies tient des propos en compagnie de représentants du Hamas ou de l’Iran, cela décrédibilise profondément la parole internationale » il a ajouté que « la France en tire alors les conséquences et demande donc sa démission ».
Sur l’usage du terme « génocide », il a mis en garde : « Employer le mot génocide n’est pas neutre, c’est une arme politique. Ce n’est pas un diagnostic juridique établi par une juridiction internationale. Et la guerre des mots prépare la guerre contre les personnes ».
Par ailleurs, l’exécutif soutient une autre mesure : l’introduction dans le droit français d’une peine d’inéligibilité pour les auteurs de propos antisémites, une proposition d’Emmanuel Macron. Le président du Crif, Yonathan Arfi, a salué cette initiative, tout en alertant sur un « antisémitisme d’atmosphère ».
Selon Yonathan Arfi, 1.320 actes antisémites ont été recensés en 2025. Il a également mis en cause La France insoumise, qu’il accuse de représenter un « danger » pour les juifs de France, appelant les autres forces de gauche à rompre clairement avec le mouvement.
La députée Gabrielle Cathala a vivement réagi sur la plateforme américaine X, dénonçant ce qu’elle qualifie de dérive politique et institutionnelle.
« Mardi, ils ont organisé une minute de silence à l’Assemblée nationale pour un néonazi militant antisémite d’Action française », a-t-elle écrit, pointant une décision qu’elle juge lourde de symboles.
L’élue souligne qu’« un défilé de néonazis » doit se tenir à Lyon, « autorisé par le ministre de l’Intérieur », selon ses termes, y voyant une contradiction majeure dans la lutte affichée contre l’extrémisme.
Gabrielle Cathala accuse également certains responsables politiques d' « essentialiser nos compatriotes juifs, en les assimilant à la politique israélienne », une confusion qu’elle estime dangereuse.
« L’antisionisme n’a rien à voir avec l’antisémitisme », insiste-t-elle, avant d’interpeller directement les autorités : « Mesurez-vous la gravité du moment ? ».
De son côté, sur la même plateforme, le député Aymeric Caron a vivement réagi, dénonçant une ligne politique qu’il juge contraire au droit international.
« Nous serons présents dans l’hémicycle pour combattre cette loi infâme, au service du gouvernement fasciste israélien, et contre le droit international et les Palestiniens », a-t-il déclaré.
Aymeric Caron a également fustigé « les mensonges répétés du ministre des Affaires étrangères contre Francesca Albanese », ainsi que « le voyage de soutien au gouvernement israélien de Bergé » et « les propos d’Emmanuel Macron ». « Voici une nouvelle position indigne, cette fois du Premier ministre », a-t-il ajouté.
Le député conclut par une condamnation sans appel de l’exécutif : « Ce gouvernement est le pire que j’ai connu depuis ma naissance. »