AA - Paris - Bilal Muftuoglu
La France qui s'était engagée à accueillir 30 000 réfugiés en deux ans, dans le cadre du plan européen de relocalisation reste en deçà de ses engagements en n'en acceptant que 19 depuis novembre.
Selon un décompte du ministère français de l'Intérieur, la France n'a accueilli que 19 réfugiés érythréens le 6 novembre "dans le cadre d'une première action expérimentale". Ces réfugiés, 18 hommes et une femme, ont rejoint la région Pays de la Loire depuis l'Italie, et bénéficient, selon le ministère d'un "accompagnement administratif et social".
Pourtant, la France s'apprêtait déjà à accueillir 200 personnes en novembre, 300 en décembre et 400 en janvier 2016, depuis les camps de migrants en Grèce et en Italie. Elle devrait accepter en moyenne près de 1 300 réfugiés par mois pour pouvoir réaliser ses engagements sur deux ans.
Plusieurs explications sont possibles pour expliquer ce chiffre très faible du nombre de réfugiés venu en France alors que des pays comme l'Allemagne ou la Suède ont connu des afflux de migrants sans précédent en 2015.
En effet, d'après l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), la France n'aurait reçu qu'entre 75 000 et 80 000 demandeurs d’asile en 2015 alors que l'Allemagne en a accueilli près d'1 million et la Suède 200 000.
Il faudrait sans doute rappeler les attentats de Paris du 13 novembre, qui sont survenus seulement une semaine après la mise en place du plan européen de relocalisation en France, pour évaluer la réticence française vis-à-vis de l'accueil des réfugiés.
Quelques jours après les attentats les plus meurtriers qu'a connus la France depuis la Deuxième Guerre mondiale, le Premier ministre français Manuel Valls avait affirmé que l'Europe ne pouvait "plus accueillir autant de migrants".
La France avait aussi réintroduit, le soir même des attentats, les contrôles de sécurité à ses frontières, mettant ainsi le système de Schengen en suspension.
Les attentats de Paris avaient également suscité les inquiétudes dans les pays européens les plus hostiles au plan de relocalisation, dès lors qu'il s'était avéré que deux des assaillants étaient passé par la Grèce parmi les réfugiés.
"L’époque de l’immigration incontrôlée et illégale ne peut pas continuer ainsi. Paris a tout changé", avait noté pour sa part le ministre des finances bavarois, Markus Söder (CSU), à l’hebdomadaire Die Welt am Sonntag.
"L’Europe doit changer son attitude" vis-à-vis des réfugiés, avait affirmé le ministre des affaires étrangères hongrois, Peter Szijjarto, deux jours après les attentats.
Outre le contexte social et sécuritaire particulièrement fragile en France après les attentats de Paris, l'Hexagone ne reste pas très attractif en soi pour les réfugiés qui atteignent l'Europe depuis la Grèce ou l'Italie.
En effet, d'après un sondage du Haut-commissariat des Nations unies (ONU) pour les réfugiés auprès de 1245 Syriens dès leur arrivée en Grèce, 50 % avaient l’intention de se rendre en Allemagne, 13 % en Suède, 5 % au Danemark et seulement 0,4 % souhaitaient demander l'asile en France.
Les raisons administratives et économiques joueraient ainsi un rôle important dans le choix des réfugiés, qui considèrent la France peu dynamique sur le plan économique.
"Ma conviction est que c’est l’Allemagne qui attire, et pas la France qui n’attirerait pas", avait estimé Pascal Brice, directeur général de l'Ofpra, évoquant "la situation du travail et de l’emploi", lors de son audition devant les commissions des lois de l’Assemblée nationale et du Sénat.
"L’office [Ofpra] doit encore poursuivre les efforts pour mieux protéger et ne jamais passer à côté d’un besoin de protection", avait-il renchéri durant son audition.
"Les personnes en besoin de protection savent que les conditions de réception des demandeurs d’asile sont déplorables en France. Ils sont au courant que la procédure d’obtention du statut sera longue ; qu’elle pourra prendre deux ans ou plus et qu’ils ne seront peut-être même pas logés durant ce temps", rappelait notamment Philippe Leclerc, le représentant en France du Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés, dans une interview accordée au Monde.
La France avait été épinglée, en juin dernier, par le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés, pour la situation du campement de migrants à Calais, et était invitée à présenter un "plan d'urgence" pour améliorer les conditions de vie de quelques milliers de réfugiés, qui cherchent dans la majorité des cas, à atteindre la Grande-Bretagne.
Par ailleurs, la France a accordé le statut de réfugié à très peu de demandeurs d'asile en 2014 et 2015 par rapport aux autres pays européens. Ce statut n'a été octroyé qu'à 28% des demandeurs en France en 2014 et à 31% début 2015, ce qui reste tout de même inférieur de 13% par rapport à la moyenne européenne.