Serap Dogansoy
17 Août 2026•Mise à jour: 17 Août 2026
L’ambassadeur de Palestine en Côte d’Ivoire, Abdal Karim Ewaida, a dénoncé le traitement par le journal français Le Monde du siège de familles palestiniennes par des colons israéliens à Qusra, l’accusant de proposer une « lecture biaisée qui fait le jeu de l’occupation ».
Dans un message publié sur le réseau social américain X, le diplomate, également accrédité au Tchad, au Niger, au Burkina Faso et en République du Congo, critique un reportage de Louis Imbert paru le 14 août sous le titre : « En Cisjordanie, l’armée israélienne humiliée par une poignée de colons ».
Selon lui, le choix de placer « l’humiliation » de l’armée au centre du titre impose « un prisme réducteur » et présente l’État israélien comme débordé par des éléments incontrôlés.
« La grille d’analyse choisie par Le Monde donne à voir un État israélien débordé par des éléments incontrôlés. Or, les faits contredisent frontalement cette narration », affirme Abdal Karim Ewaida.
La responsabilité de l’armée mise en avant
Le diplomate reproche au quotidien d’atténuer le rôle des forces israéliennes dans les événements de Qusra, où des colons ont encerclé plusieurs maisons palestiniennes, coupé l’eau, l’électricité et la route, puis empêché les familles de circuler.
« Là où la réalité impose de voir une collusion active, le journal choisit l’euphémisme », affirme-t-il, évoquant des soldats ayant expulsé des familles pour occuper leurs habitations, bloqué l’accès aux secours et prié avec les colons.
Pour Abdal Karim Ewaida, la rhétorique de « l’humiliation » constitue « un détournement de la vérité » en présentant l’armée israélienne comme « un corps neutre et affaibli ».
Le reportage du Monde fait néanmoins état de certains de ces éléments. Il rapporte que la hiérarchie militaire « s’est tournée contre leurs victimes palestiniennes », que des soldats ont coupé des caméras de surveillance et que des militaires ont été filmés priant avec les colons. Il évoque également une « collusion » entre les deux parties.
Une politique d’État, selon l’ambassadeur
Abdal Karim Ewaida estime que le siège de Qusra ne constitue pas un incident isolé, mais s’inscrit dans « une campagne méthodique de déplacement » des Palestiniens.
Il rapproche ces événements de l’inauguration, le 13 août, de la colonie de Ganim par le ministre israélien de la Défense, Israël Katz. Cette implantation, évacuée en 2005, a été rétablie dans un contexte d’accélération de la colonisation sous le gouvernement de Benjamin Netanyahu.
« Ce parallélisme temporel prouve que l’extrémisme des colons n’est pas une excroissance pathologique du système, mais son prolongement naturel et instrumentalisé », soutient le diplomate.
Il dénonce également « l’impunité accordée aux colons » et le transfert envisagé des pouvoirs de contrôle de l’armée vers la police israélienne, qu’il présente comme les composantes d’une politique « d’annexion rampante ».
Pour l’ambassadeur, le traitement du quotidien construit une opposition artificielle entre les soldats et les colons. « Opposer un “gentil soldat” à un “méchant colon” est une construction journalistique fallacieuse », affirme-t-il.
Il appelle ainsi la presse française à ne plus présenter ces violences comme un phénomène marginal, mais comme « le visage officiel et assumé de la politique israélienne en Cisjordanie ».
La plupart des membres de la communauté internationale considèrent les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée comme illégales au regard du droit international, ce qu’Israël conteste.
Le Monde et Louis Imbert n’ont, pour l'heure, pas publiquement réagi aux accusations du diplomate.