Meltem Bulur,Tuncay Çakmak
04 Février 2016•Mise à jour: 05 Février 2016
AA - Ankara
Le vice-président du conseil d’administration de la fondation humanitaire turque IHH, Droits Humains et Libertés, Huseyin Oruc, membre du comité indépendant d’observation des discussions de paix entre le gouvernement philippin et le Front Islamique MORO de Libération des Philippines, a déclaré que toutes les parties sont convaincues que les Philippines ont besoin de trouver un accord de paix.
Oruc a décrit au correspondant de l’Agence Anadolu la situation dans ce pays d’Asie du Sud-est en proie à une guerre civile qui dure depuis 40 ans.
Huseyin Oruc a d’abord rappelé qu’un premier accord de paix a été signé en 2012 sous le nom de «Loi principale de Bangsamoro», ensuite entérinée en 2014.
Le texte final de 2014 prévoit la création d’une région autonome aux Philippines.
Les travaux de rédaction de la «loi principale» (constitution) de cette future région autonome ont été réalisés par une commission qui a envoyé le projet au parlement national de Manille, la capitale du pays.
Mais le processus avait été sérieusement saboté lors d’affrontements qui avaient coûtés la vie à 44 soldats du régime et à 18 membres du Front MORO, en janvier 2015 dans la région de Mamasapano.
«Ceux qui s’opposent au projet de région autonome ont largement utilisé cet événement pour bloquer le processus, a-t-il expliqué. De nombreux amendements à la loi principale ont été apportés au parlement, provoquant le retrait du Front MORO. Mais celui-ci a annoncé respecter l’accord initial même s’il n’a pas encore été adopté par le parlement.»
Selon Oruc, ce qui est sur, c’est que du Chef de l’Etat au plus simple citoyen, tout le monde est convaincu de la nécessité d’arriver à un accord de paix durable.
«Je pense que le gouvernement est sincère dans sa volonté d’y arriver», a-t-il estimé.
Par ailleurs, des élections présidentielles auront lieu en mai prochain.
D’après les observations de Oruc, chacun des quatre candidats en lice défend l’idée d’une paix par le dialogue.
«Si le maire de Davao remporte la présidentielle, le processus aboutira plus rapidement», a-t-il encore estimé.
D’après lui, chacune des parties va attendre la fin des élections pour définir sa position, mais le Front MORO l’a annoncé, si l’accord de paix n’est pas respecté et validé, les combats reprendront là où ils ont été interrompus.
Oruc a encore expliqué que de petits groupes s’affirmant de Daech existent aux Philippines.
«Même s’ils restent faibles pour l’heure, un éventuel échec dans la paix pourra les renforcer au sein de certains groupes du Front MORO», a-t-il dit.
Le représentant de l’IHH a indiqué que de sérieuses et réelles inégalités socio-économiques persistent entre les régions chrétiennes et musulmanes du pays, les dernières étant fortement moins développées.
C’est en 1972 que les musulmans des régions de Palawan, Mindanao et Sulu, qui se font appelés Bangsamoro, ont débuté la résistance contre les persécutions du régime.
Un premier accord de paix en 1976, appelé «Accord de Tripoli», avait mis fin aux affrontements.
Le Front National de Libération MORO avait été reconnu comme le représentant de la population musulmane des Philippines par l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) en 1977.
Mais le gouvernement a fait trainer les choses et n’a pas appliqué les engagements de l’accord de paix.
Des nouvelles discussions finalisées en 1996 ont permis à la région d’obtenir le statut toujours en vigueur aujourd’hui, le statut de région Autonome musulmane de Mindanao.
L’OCI a pris part aux travaux de mise en pratique des accords, et la Turquie a été intégrée au comité qui suit ces discussions.
D’autres discussions avec le Front Islamique Moro concernant «les terres ancestrales» ont aboutis en 2008, avant que cet accord ne soit annulé par la Cour Suprême du pays la même année.
Suite à cela les combats avaient repris.
Les discussions ont repris le 23 juillet 2009 et un cessez-le-feu a été annoncé.
C’est ainsi que le premier «accord cadre de Bangsamoro» a été signé le 15 octobre 2012.
Le 27 mars 2014, «l’Accord de Paix Bangsamoro» a été signé à Manille.
Pour l’heure, l’accord n’a toujours pas été validé par le parlement philippin.