Abdullah Aşıran
29 Juin 2018•Mise à jour: 29 Juin 2018
AA - Rotterdam (Pays-Bas)
L’adoption, mardi, par le sénat néerlandais du projet de loi relatif à l’interdiction du port du voile intégral, "burqa", dans les lieux publics fermés, a suscité de vives réactions.
Dans une déclaration accordée à l’Agence Anadolu (AA), Halil Ibrahim Karaaslan, président de l’Organe de communication entre l’Etat et les musulmans (OCM), a exprimé sa tristesse face à l’adoption de cette interdiction.
"Une nouvelle loi dont l’objectif est de protéger l’ensemble des citoyens contre l'oppression, a cette fois-ci servi d’”arme” à ceux qui ont fait pression et qui ont imposé leurs propres normes", s’est-il indigné.
Indiquant avoir adressé au sénat néerlandais un courrier dans lequel les membres de l’OCM font part de leurs réactions et de leurs préoccupations au sujet de ladite loi, Karaaslan a partagé que dorénavant le développement des initiatives qui concernent les musulmans et l'Islam serait suivi de près.
"Nous allons nous efforcer d'éviter toute négativité dans le pays à l’égard principalement des musulmans", a-t-il insisté.
Par ailleurs, Hasan Huseyin Gogus, directeur de la Fédération islamique néerlandaise, affiliée à la Communauté Islamique de Milli Gorus, a indiqué que l’interdiction du port de la burqa est contraire au droit international.
"Le gouvernement se doit de respecter et de garantir le droit international. Le gouvernement doit créer un environnement où chacun est libre de son choix et n’est ni forcé ni menacé".
Précisant que le problème relatif au port de la burqa n’existe presque pas dans le pays, Gogus a ajouté que la liberté religieuse, conformément au droit national et international, ne peut être restreinte que dans des situations d’extrême urgence.
"En l’occurrence, cela n’est pas le cas. En termes de sécurité, aucun problème n'a été décelé au cours des dernières années qu’il s’agisse des Pays-Bas ou des pays voisins. Les droits relatifs à la liberté de pensée garantissent la liberté des individus de choisir leur tenue vestimentaire".
- "Ils étaient en mesure de lutter contre ce projet de loi pendant treize ans"
Cemil Yilmaz, membre du Conseil municipal (Lahey) du parti Nida, créé par des musulmans, a précisé que la loi relative à l’interdiction est anticonstitutionnelle, islamophobe et discriminatoire.
Ce dernier a expliqué que le projet de loi a été présenté il y a treize ans lors de la motion d’interdiction déposée par le parti pour la liberté (PVV).
"Pendant treize ans, les partis politiques libéraux, démocratiques, sociaux ou conservateurs, les politiciens et ceux qui appartiennent à ces partis avaient la possibilité de lutter contre ce projet de loi", a fait savoir Yilmaz avant d’ajouter que "la Communauté islamique et les institutions aux Pays-Bas avaient treize ans pour éviter l’adoption du projet de loi".
Ce dernier a également souhaité que la Communauté islamique et les institutions des Pays-Bas tirent les leçons nécessaires de cette adoption et s’unissent en dépit de leurs intérêts individuels.
- "La restriction de la liberté ne peut être une liberté"
Le Président du groupe parlementaire du parti "Denk", Tunahan Kuzu, a précisé qu’ils ont fourni beaucoup d’efforts au sein du Conseil municipal afin d’éviter que la loi ne soit adoptée.
"En réalité, la restriction de la liberté des quelques 300 femmes concernées vivant dans le pays sous prétexte de liberté n’en est pas une".
Mardi, le sénat néerlandais a adopté la loi relative à l'interdiction du port de la burqa, longtemps débattue dans le pays.
Conformément à ladite loi le port de la burqa est interdit dans tous les espaces publics fermés tels que les administrations, les écoles, les transports en commun ou les hôpitaux.
Est également inclus dans la loi le fait de se couvrir le visage avec d’autres éléments textiles, masques ou casques.