La France, l’Espagne, le Kenya et l’Australie ont présenté mardi à New York une feuille de route destinée à renforcer les droits et la protection des enfants à l’ère de l’intelligence artificielle (IA), à l’occasion de la Semaine de haut niveau de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, selon l’Élysée.
Soutenue par 23 États et huit entités du système des Nations unies, la coalition entend notamment développer des bases de données et des méthodes d’évaluation communes afin de permettre, à terme, une autorisation préalable des systèmes d’IA destinés à apporter des bénéfices aux enfants.
Selon l’Élysée, le président français Emmanuel Macron a insisté sur la nécessité d’agir rapidement pour protéger les mineurs face aux risques liés à l’IA.
« Protéger les enfants en ligne est une priorité de santé publique majeure, une réalité prouvée et documentée par des scientifiques du monde entier. C'est pourquoi la France en a fait une priorité, notamment en interdisant l'utilisation des réseaux sociaux pour les mineurs de moins de 15 ans. Nous défendons et partageons cette priorité avec le même niveau d'engagement en ce qui concerne l'intelligence artificielle. Nous ne devons pas répéter les erreurs du passé et attendre vingt ans pour constater l'impact des chatbots sur les mineurs. Nous devons agir maintenant. Ensemble avec la Coalition pour les droits et la protection de l'enfance à l'ère de l'IA, nous envoyons un message clair : l'IA ne doit pas être mise à la disposition des enfants sans avoir été préalablement testée, évaluée et, par conséquent, autorisée. Cet effort doit impliquer toutes les parties prenantes : nous nous retrouverons en novembre au Forum de Paris pour la prochaine étape. »
Lancée le 7 juillet 2026 par la France, l’Espagne et le Kenya lors du premier dialogue mondial des Nations unies sur la gouvernance de l’IA, la coalition a ensuite été rejointe par l’Australie, précise l’Élysée.
La coalition réunit des États, des organismes des Nations unies, des organisations de la société civile, des entreprises technologiques, des éducateurs, des chercheurs et des experts des droits et de la sécurité de l’enfance.
Elle prévoit notamment des travaux sur la sécurité et la confidentialité dès la conception, les indicateurs de référence et la responsabilisation, la lutte contre les contenus pédopornographiques générés par l’IA et les deepfakes, ainsi que l’éducation à l’intelligence artificielle.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a déclaré : « Il est possible de restaurer l'espoir quant à l'avenir de la technologie. Mais cela exige des limites claires, une responsabilisation et une coopération : l'intelligence artificielle doit servir l'humanité, et non l'inverse. »
Le président kényan William Ruto a, pour sa part, souligné les enjeux particuliers liés à l’accès à la technologie en Afrique : « Les enfants perçoivent la technologie différemment selon les régions du monde. Pour de nombreux enfants africains, l’accès à la technologie est synonyme d’accès à l’éducation, au savoir, aux soins de santé et à de nouvelles opportunités. Notre réaction ne peut pas être de leur refuser cet accès. Nous devons élargir cet accès tout en rendant la technologie plus sûre dès sa conception, afin que chaque enfant puisse apprendre, créer et participer tout en étant protégé contre tout danger »
Le Premier ministre australien Anthony Albanese a également appelé à une coopération internationale renforcée : « Pour assurer la sécurité des enfants, nous devons unir nos forces et mettre à profit notre pouvoir et notre capacité d’action pour façonner l’avenir du numérique. Je suis très fier du travail accompli par l’Australie, sous l’impulsion des parents, pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans et offrir ainsi aux enfants un précieux répit. L’Australie poursuit sur cette lancée, notamment avec de nouveaux projets de loi – « My Feed, My Way » – visant à redonner aux Australiens le choix face aux algorithmes. À mesure que les capacités de l’IA progressent, les risques s’accroissent également, tout comme la nécessité de collaborer au-delà des frontières pour façonner l’IA, plutôt que de la laisser nous façonner. Aucun pays ne peut gérer ces risques seul, nous devons travailler ensemble. »
La coalition prévoit par ailleurs de mettre en place un réseau mondial de centres de recherche issus des secteurs public, académique et privé et d’inviter les entreprises, les fondations et d’autres partenaires à financer des recherches indépendantes sur l’impact de l’IA sur les enfants.
Elle souhaite également encourager les entreprises technologiques à rendre leurs modèles accessibles à des fins d’évaluation indépendante.
Les premiers engagements volontaires dans le cadre de cette initiative devraient être présentés lors du Forum de Paris pour la paix, prévu les 10 et 11 novembre 2026.