AA/Istanbul
"Les journalistes de Gaza travaillent dans des conditions très difficiles et souffrent", a déclaré, Mahmoud Hams, photojournaliste de l'Agence France Presse (AFP), lauréat aux Istanbul Photo Awards, un concours international de photographie d'actualité organisé par Anadolu (AA).
Mahmoud Hams, qui a remporté le premier prix dans la catégorie "Actualités en Série" de la 10e édition des Istanbul Photo Awards a expliqué le quotidien difficile des journalistes à Gaza.
Celui qui exerce dans la bande de Gaza depuis 23 ans, couvrant de nombreux conflits et manifestations, a assuré qu’il ne s’agit pas d’une guerre mais d’un "génocide".
"Ce n'est pas seulement une guerre, c'est un génocide. J'ai couvert de nombreux conflits, mais je n'ai jamais vu de telles actions, une telle guerre, un tel crime. Trop de personnes ont été tuées. Trop d'enfants ont perdu la vie", a-t-il martelé avant d’ajouter :
"En tant que journalistes, nous souffrons aussi parce que la situation est très dangereuse. La situation est très mauvaise. Il n'y a pas de nourriture, pas d'eau, pas de communication, pas d'espace sûr. Il n'y a aucune garantie pour les journalistes. Nous avons perdu beaucoup d'amis et de collègues à Gaza."
Expliquant avoir pu garder le contact avec le monde extérieur car il travaille pour une agence internationale, Hams a noté que pendant le huitième mois d'attaques israéliennes contre Gaza, il n'y avait ni électricité ni communication, et que les journalises ont dû dormir dans des hôpitaux et escalader de hauts bâtiments pour obtenir un signal Internet.
Hams a assuré qu’une photo est plus efficace que mille mots.
"Vous savez que je suis Palestinien. Je suis né à Gaza, c'est ma cause. Je dois me battre pour prendre des photos, pour envoyer un message au monde entier, pour rapporter ce qui se passe sur le terrain avec des photos. Parce qu'une photo vaut mieux qu'une lettre adressée à tout le monde. Parce qu'une photo est plus efficace que mille mots. Je pense que c'est un message puissant pour tout le monde", a-t-il insisté.
Rappelant que Mohammed al-Aloul, cameraman d'Anadolu, a perdu toute sa famille dans les attaques israéliennes, Hams a expliqué avoir, lui aussi, perdu sa maison, son bureau et des membres de ma famille et qu’actuellement sa famille à Gaza lui manque beaucoup.
Hams a également détaillé l'histoire de la photo de "l'homme en fauteuil roulant" qu'il a prise en 2018 et qui est devenue un symbole.
"Cet homme vient chaque fois jeter des pierres. Il est dans un état particulier, mais il doit se battre. Il doit transmettre un message. Il ne fait rien en réalité, mais il vient pour faire passer un message", a-t-il expliqué, rappelant qu’à cette époque des manifestations avaient lieu régulièrement dans la bande de Gaza du côté de la frontière avec Israël.
"Avec cette photo, de nombreuses personnes se sont posées la question de savoir comment un homme en fauteuil roulant trouve ce courage", a indiqué Hams.
Hams a invité les photojournalistes a participé aux Istanbul Photo Awards.
"J'ai rassemblé des photos de différents endroits, mais je me suis concentré sur les familles et les bâtiments, car pendant cette guerre, Israël a pris pour cible trop de maisons et tué trop de civils. C'est une chose très importante, c'est la chose principale sur laquelle nous devrions nous concentrer. Car la plupart des victimes palestiniennes sont des civils, des enfants et des femmes. On le voit sur les photos, on peut l'imaginer", a-t-il lancé avant de poursuivre :
"Je pense qu'il s'agit d'un prix très important. Les journalistes du monde entier veillent à participer à ce concours, car il est devenu très prestigieux. C'est la deuxième fois que je remporte ce prix", a-t-il précisé.
Le photojournaliste de Reuters Mohammed Salem, lauréat du prix "Photo de l'année" dans la catégorie "Actualités simples", n'a pas pu assister à la cérémonie parce qu'Israël lui en a refusé l'autorisation. Son frère, Suhaib Salem, rédacteur visuel de Reuters Gaza, qui a reçu le prix en son nom, s'est entretenu avec le correspondant d'Anadolu au sujet des Istanbul Photo Awards et de la photo primée de son frère.
"Je suis ici au nom de Mohammed Salem, qui a remporté le prix. Il se trouve actuellement à Gaza et ne peut malheureusement pas assister à la cérémonie. Il m'a envoyé un message pour vous remercier de votre hospitalité, de la cérémonie et du prix", a expliqué Suhaib Salem.
Salem a souhaité que la photographie de son frère soit celle qui mettra fin à la guerre et a insisté sur la paix.