Saida Charafeddine
15 Janvier 2016•Mise à jour: 15 Janvier 2016
AA/Genève/ Betul Yuruk
«La chose qui m’est restée en travers de la gorge après ma démission c’est le refus d’Israël de collaborer avec ceux qui ne lui plaisent pas parmi les fonctionnaires des Nations Unies», a déclaré Makarim Wibisono, le rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits de l'Homme dans les territoires palestiniens occupés.
Makarim Wibisono, a présenté sa démission de ses fonctions le 4 janvier courant car Israël ne l'a «jamais autorisé à pénétrer dans ces territoires [palestiniens occupés]», avait précisé l'ONU.
Interviewé par l’agence Anadolu, le rapporteur onusien estime que cette situation indique que «les violations par Israël des droits des Palestiniens se poursuivront» et que «la génération des jeunes palestiniens qui a grandi dans les affrontements et la violence a tout à fait le droit d’envisager un avenir meilleur.»
«Durant une année et demi de travail dans les territoires palestiniens, j’ai côtoyé les victimes palestiniennes, j’ai écouté les responsables de l’Autorité palestinienne, des Nations Unies, de la société civile aussi bien internationale que palestinienne et israélienne et des défenseurs des droits de l’Homme et je demeure franchement inquiet d’une situation qui ne peut que glisser vers le pire» a déploré Wibisono.
Il a parlé à ce propos de «la détention administrative [sans jugement et pour une durée indéterminée] qui touche même les enfants, des mauvais traitements, du mur de séparation qui dissocie et désarticule les territoires palestiniens, des rapports sur le recours par les autorités israéliennes à la violence extrême, du blocus contre la Bande de Gaza et de la lenteur de sa reconstruction après la guerre israélienne de l’été 2014, des violations des droits de l’Homme durant cette guerre et du non respect par Israël du droits international régissant les conflits armés.»
«Tout cela fait la réalité de l’être humain et de la société palestinienne sous le joug de l’occupation israélienne» a-t-il dit.
Makarim Wibisono a évoqué «sa grande fierté» lorsque le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU l’avait nommé en 2014 rapporteur spécial dans les Territoires occupés, tout en précisant que l’acceptation de cette «responsabilité n’était pas chose facile» pour lui. «Si ce n’était la perspective de rencontrer les Palestiniens opprimés, d’avoir des contacts directs avec des témoins et de prendre connaissance moi-même des impacts de l’occupation, ma décision aurait penché vers une autre direction» a-t-il confié.
«J’avais l’espoir de voir Israël se comporter avec moi correctement étant donné mon statut et la responsabilité qui m’était donnée. Malheureusement aucun des contacts officiels que j’ai établis avec les Israéliens durant 2014 et 2015, dans le but de parvenir aux Territoires occupés, n’a jamais eu de réponse officielle. De même mes rencontres avec le délégué permanent d’Israël auprès de l’ONU n’ont eu aucun résultat significatif» a expliqué le rapport onusien.
Wibisono a annoncé qu’il présentera son dernier rapport au Conseil des droits de l’Homme en mars prochain, et qu’il est encore «tout espoir de voir Israël changer de position vis-à-vis du rapporteur onusien, coopérer avec lui et arrêter d’interdire aux experts indépendants d’accéder aux Territoires occupés».
Le responsable onusien démissionnaire a tenu à préciser que ce changement de position est «une nécessité pour l’image d’Israël dans le domaine des droits de l’Homme», exprimant encore son espoir de voir son successeur «qui sera désigné par le Conseil des droits de l’Homme pour cette mission, devenir le porte voix du peuple palestinien auprès de la communauté internationale.»