Ümit Dönmez
04 Septembre 2026•Mise à jour: 04 Septembre 2026
AA / Paris / Ümit Dönmez
Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a défendu vendredi devant l'Assemblée générale des Nations unies l'initiative « Correct the Map », qui vise à promouvoir des représentations cartographiques plus fidèles à la superficie réelle des continents, en particulier de l'Afrique.
Le projet de résolution A/80/L.104, présenté par le Togo au nom du Groupe africain et inscrit à l'ordre du jour de la 114ᵉ séance plénière de l'Assemblée générale ce 4 septembre, entend remettre en cause l'usage systématique de projections qui donnent visuellement à l'Afrique une taille très inférieure à sa superficie réelle.
« Corriger la carte, c'est rappeler que chaque région du monde compte, que chaque peuple mérite d'être vu à sa juste place et que l'Afrique, comme toutes les autres régions, doit apparaître dans la conscience universelle non pas diminuée par des distorsions du passé, mais reconnue dans sa réalité, sa contribution et son avenir », a déclaré Robert Dussey.
Le chef de la diplomatie togolaise a présenté la question cartographique comme un enjeu dépassant la seule géographie. « Corriger la carte, c'est réfléchir à la manière dont le savoir est produit, transmis et visualisé et contribuer à une représentation juste, fidèle des superficies des continents dans la cartographie mondiale », a-t-il poursuivi.
Robert Dussey a établi un parallèle entre cette revendication et les appels régulièrement adressés aux Nations unies afin que l'organisation internationale reflète davantage les réalités contemporaines.
« Nous affirmons souvent que les Nations unies doivent refléter le monde tel qu'il est », a-t-il rappelé, avant d'ajouter : « Aujourd'hui, nous vous proposons de faire en sorte que les cartes qui représentent le monde répondent elles aussi à cette exigence. »
Le projet « Correct the Map » cible notamment les distorsions produites par la projection de Mercator, conçue au XVIᵉ siècle pour les besoins de la navigation. Cette projection agrandit progressivement les surfaces à mesure que l'on s'approche des pôles, donnant ainsi une importance visuelle disproportionnée à certaines régions du nord du globe et réduisant, par comparaison, la place occupée par l'Afrique.
L'initiative soutenue par l'Union africaine ne prévoit toutefois pas d'interdire la projection de Mercator. Elle encourage plutôt les gouvernements, établissements scolaires, organisations internationales, médias et entreprises technologiques à recourir, lorsque la comparaison des superficies est pertinente, à des représentations à surfaces équivalentes telles que la projection « Equal Earth ».
Le texte est intitulé « Correct the Map : rééquilibrer la représentation cartographique mondiale et promouvoir une représentation équitable des régions du monde, en particulier de l'Afrique ». Les 55 États membres de l'Union africaine soutiennent l'initiative, portée diplomatiquement par le Togo.
L'Union africaine avait déjà entériné politiquement cette démarche en affirmant que la projection de Mercator déforme la taille réelle du continent et peut influencer la perception de l'Afrique, notamment concernant son poids économique et géopolitique. Elle avait également salué l'engagement du Togo en faveur de l'initiative.
Robert Dussey insiste pour sa part sur les conséquences intellectuelles et symboliques d'une représentation géographique inexacte. « Car une représentation plus exacte du monde nourrit une compréhension plus juste des peuples », a-t-il déclaré.
« Et une compréhension plus juste nourrit le respect », a conclu le ministre togolais.
L'initiative africaine intervient dans un débat plus large sur la manière dont les cartes façonnent la perception du monde. Aucune projection plane ne peut représenter parfaitement la surface sphérique de la Terre : chacune implique des compromis entre formes, distances, directions et superficies. La contestation portée par le Togo ne porte donc pas sur l'existence même de différentes projections, mais sur le choix de celles utilisées lorsqu'il s'agit de comparer visuellement la taille des continents.
Le débat place ainsi une question longtemps considérée comme technique au cœur d'une revendication politique et symbolique : celle de la représentation de l'Afrique dans l'imaginaire mondial. Derrière la taille d'un continent sur une mappemonde se pose désormais, pour les promoteurs de « Correct the Map », une question plus large : celle de la manière dont le monde apprend à se regarder lui-même.