Esma Ben Said
07 Septembre 2017•Mise à jour: 08 Septembre 2017
AA/France/Fatih Karakaya
Le gouvernement allemand aurait décidé de rejeter la demande de la Turquie concernant l’extradition de 80 membres de l’Organisation terroriste Feto. C’est ce qu’a dernièrement révélé le quotidien allemand « Der Spiegel ».
En dépit de l’accord entre la Turquie et l’Allemagne, qui prévoit l’extradition mutuelle des fugitifs, l’Allemagne semble ne pas vouloir respecter celui-ci, note pour sa part le site TRDiplomacy, un site d’information spécialisé dans les relations entre les pays.
Ainsi, pas moins de 98.55% des demandes d’extraditions ont été rejetées par l’Allemagne, révèle TRDiplomacy.

Entre 2007 et août 2017, poursuit le site, la Turquie a demandé l’extradition de 206 personnes au total, dont 79 terroristes appartenant à la mouvance du PKK, ainsi que des bureaucrates et des militaires en fuite en Allemagne qui étaient en mission pour l’Otan (Organisation du traité de l’Atlantique Nord).
A cette demande, l’Allemagne n’a accepté l’extradition que de deux terroristes membres du PKK en 2007 et d’un terroriste en 2009. Depuis, l’Allemagne n’extrade plus aucun terroriste, poursuit la même source.
Après le coup d’Etat avorté de juillet 2016, la Turquie a demandé l’extradition de membres du Feto. Mais sur les 59 fugitifs liés au Feto, Berlin n’a encore livré personne.
En outre, ajoute le site TRDiplomacy, 27 terroristes appartenant à diverses groupes d’extrême-gauche, 22 personnes recherchés pour des délits de droits communs ainsi que 16 terroristes du DHKP-C (organisation terroriste reconnu comme tel par Washington et l’Union Européenne) ont également trouvé refuge en Allemagne.
Par ailleurs, l’Allemagne souhaite restreindre la coopération entre la Turquie et Interpol, après notamment, l’arrestation du journaliste turco-allemand Deniz Yucel qu’elle estime être « non justifiée » alors que la Turquie a précisé pour sa part que la justice possède de solides preuves sur son implication dans des délits sur le territoire turc, notamment concernant de la propagande terroriste.
Le Ministre des Affaires Etrangères, Mevlut Cavusoglu, avait fustigé, samedi, l’attitude de l’Allemagne, en lui rappelant que les citoyens binationaux étaient considérés comme turcs si le délit imputé se passait en Turquie.
Mardi, le président de la Cour suprême turque, Ismail Rustu Cirit a, à son tour, critiqué les pays qui n'extradent pas les terroristes recherchés par la Turquie.
S’exprimant lors de la cérémonie d'inauguration de la nouvelle année judiciaire, qui s’est tenue à Ankara, Cirit a estimé que «des institutions internationales et des États qui évoquent le jugement juste, doivent d'abord aider la Turquie ».
« D'un côté, ces acteurs empêchent le jugement juste en refusant d'extrader les suspects, et de l'autre, ils évoquent cette notion. Cela ne relève pas de la sincérité. Les pays qui n'extradent pas les suspects et les accueillent, doivent respecter le Droit», avait-il relevé.